Skip to main content

Full text of "Physiologie du patineur, ou, Definition complete des principes et des regles qui s’appliquent a l’exercice du patin / par un ancien patineur."

See other formats


r-> # 









1?*^'i%W'-v 



Vf:--»! :»-. j*#: 












,»** k;**' 



'#*,'.,'. 



^^ 






i'w M_, 




'_^^-*^y^^^' 







vo» 



>;ï.'? 






^ ^■•. 



o ■ « 



^T 



PHYSIOLOGIE 

DU PATINEUR 



TYI'OGUAPHIE 



MONNOYEH FRÈRES 



Au Mans ( Sarthe ) 



PHYSIOLOGIE 



DU 



PATINEUR 



ou 



DÉFINITION COMPLÈTE 



DES PRINCIPES ET DES REGLES QUI S'APPLIQUENT A l'eXERCJCI: 



DU PATTN 



PAR 



UN ANCIEN PATINEUR 



-»o><>::< 



PARIS 
OENTU . LÏBHAIRE-ÈDITEIJR 

Palais-Koyal, galerie d'Orléans 
1862 

TOUS DROITS RÉSERVÉS 



PRÉFACE 



Ce livre ne prétend nullement à la 
célébrité. L'auteur ne le publie que 
comme ouvrage d'agrément , mais qui 
cependant n'est pas sans utilité. 11 devait 
donc être dédié aux personnes qu'il inté- 
resse spécialement, et le nombre en est 
fort grand. Les pères de famille qui dési- 
rent, pour leurs enfants, le développement 
des forces physiques, les jeunes gens pour 
qui vivre c'est se mouvoir, tous ceux qui 
se plaisent dans les exercices du corps, 

4 



2 PRÉFACE. 

voilà la classe de lecteurs à qui le Traité 
du Patin s'adresse : ils y trouveront des 
notions et des données qui n'avaient pas 
encore paru, en France du moins. 

On a dit quelque part que dût-on ne 
rencontrer qu'une seule bonne chose dans 
un livre, il vaudrait encore la peine d'être 
lu : à ce compte-là, cet opuscule ne sera 
peut-être pas indigne de l'attention du 
public- 

Combien y a-t-il de parents qui ne 
comprennent pas la mission qu'ils ont 
à remplir à l'égard de leurs enfants ! Ele- 
vés souvent eux-mêmes dans des habitu- 
des sédentaires, ils n'ont aucune idée de 
rinfluence bienfaisante de la gymnastique 
sur la constitution des individus qui s'y 
livrent. L'art d'exercer le corps pour le 
fortifier jouait un rôle considérable dans 
l'éducation ancienne, surtout chez les 



PRÉFACE, 3 

Grecs : ils avaient en honneur ces exer- 
cices qui, bien dirigés, ont pour résultat 
certain de développer la vigueur, de per- 
fectionner la stature et d'assurer la santé. 

Qui n'a vu bien des fois, dans les gran- 
des villes principalement, ces jeunes et 
faibles conscrits, pour qui les mères re- 
doutaient tant la vie des camps, revenir, 
après le temps du service, avec un visage 
mâle, basané par le soleil d'Afrique, le 
corps rompu aux fatigues et dénotant une 
santé robuste? Partis chétifs, la vie des 
camps les rendait à leurs foyers pleins de 
force, de fierté, de franchise et de cou- 
rage. 

Parmi tous les exercices qui sont pour 
le corps l'aliment de la santé, l'art de pa- 
tiner occupe, sans contredit, une des 
premières places. 

A ce point de vue, cet ouvrage se re- 



4 PRÉFACfc:. 

commande aux chefs de famille, aux di- 
recteurs de collèges et pensionnats, à ces 
jeunes gens du monde qu'une vie molle a 
trop efféminés, et qui ont besoin de se re- 
tremper dans le mouvement et l'énergie ; 
il se recommande enfin, et Ton pourrait 
dire tout d'abord, aux amateurs du patin. 
L'auteur ose espérer qu'on lui saura quel- 
que gré de son entreprise : une lacune 
existait, il a voulu la combler. C'est au 
public à juger s'il s'en est bien acquitté. 
Mais, avant tout, il réclame l'indulgence, 
en faveur du but qu'il s'est proposé. 



INTRODUCTION 



Il existe un art généralement peu ap- 
précié dans le monde, et qui trouve peu 
de personnes disposées à courir les chan- 
ces exagérées de danger qui semblent en 
être inséparables. C'est l'art du patineur. 

Il est à regretter qu'un traité de cet 
exercice n'ait pas été fait, qui en donnât 
la théorie et en établît les principes. Peut- 
être n'a-t-on pas jugé le sujet assez impor- 
tant. 

Nous avons l'intention de remplir cette 
lacune. 



6 INTRODUCTION. 

La France , suffisamment privilégiée 
dans sa partie nord pour que Ton puisse 
se livrer à l'exercice du patin, est loin 
d'offrir le même avantage sur toute sa 
surface. Les provinces du centre et de 
l'est procurent encore l'occasion de satis- 
faire ce goût; mais, dans celles du Midi, 
il faut complètement y renoncer. 

Paris, cette ville des arts de toute 
espèce, cette réunion des célébrités en 
tous genres; Paris, par sa latitude, la 
moins favorisée de toutes les capitales où 
l'on s'adonne aux plaisirs de la glace, 
compte cependant les meilleurs patineurs. 

Cela tient peut-être à ce que les supé- 
riorités de tous les pays y affluent, que 
les étrangers y apportent le contingent de 
leurs talents, de leur savoir, et contri- 
buent ainsi à perfectionner beaucoup de 
choses en France. Mais ne pourrait-on 



INTRODUCTION. 7 

pas dire, appuyé surl'expérience, que Tes- 
prit de la nation française la porte à sor- 
tir des sentiers battus de la routine, et 
souvent même à se jeter dans l'exagéra- 
tion? 

Certes, sous le rapport de la question 
que nous voulons traiter, il faut rendre 
justice aux peuples du Nord; prendre en 
considération la force d'aplomb remar- 
quable des Allemands, des Danois, des 
Hollandais surtout. 

En Hollande, en Belgique, de nom- 
breux canaux, une fois gelés, permettent 
de pratiquer l'exercice du patin des mois 
entiers. L'hiver étant généralement de 
longue durée dans ces contrées, on se sert 
communément de cette chaussure pour 
la facilité des communications. 

On doit apprécier, chez les Polonais, 
une grande solidité, et cette grâce qu'ils 



8 INTRODUCTION. 

apportent dans tout ce qu'ils font. Les 
femmes, couvertes de chaudes fourrures, 
parées du costume national si coquet, par- 
ticipent, de la manière la plus active, à 
tous ces joyeux divertissements. 

Que ne dirons-nous pas des Russes, 
élevés au milieu des frimas, sous une 
température qui, dans l'hiver, n'est jamais 
moindre de 121 à 15 degrés centigrades 
au-dessous de zéro, descendant même à 
2i2i et 25, et cela durant une période de 
trois ou de quatre mois? 

De là ces fêtes de la Neva, ces palais 
de glace, armés de canons de glaces char- 
gés à poudre et tirés avec des boulets de 
glace. 

Autrefois, à Venise, sous les splendeurs 
d'un soleil éblouissant , le doge venait 
en grande pompe épouser la mer, source 
des richesses de cette reine dégénérée 



INTRODUCTION. 9 

de TAdriatique. Aujourd'hui encore , à 
Saint-Pétersbourg, l'empereur de Russie, 
accompagné de toute sa cour, vient, le 
6 janvier, jour des Rois, tête nue, bénir la 
Neva, cette artère féconde du Septentrion. 
N'est-il pas remarquable de retrouver dans 
des climats si opposés, chez des peuples 
dont les mœurs diffèrent sous tant de rap- 
ports, des cérémonies qui, dansleur symbo- 
lisme, ont entre elles plus d une analogie? 

Nous n'entrerons pas dans de grands 
détails sur les peuplades qui avoisinent 
les pôles ; nous aurons d'ailleurs occasion 
de parler du genre de patin dont elles 
font usage. 

Il faut donc accorder à toutes ces na- 
tions du Nord une supériorité incontes- 
table dans l'exercice du patin ; recon- 
naître, chez elles, ces hommes forts, ro- 
bustes, droits, calmes, s'écartant rarement 



10 INTRODUCTION. 

d'un certain genre de patiner, solide, il 
est vrai, mais dénué de grâce et de sou- 
plesse ; en un mot, trop méthodiques et 
trop compassés. 

D'ailleurs qu'on se persuade bien que 
l'exercice du patin exige plus de forces, 
plus de travail qu'on ne le supposerait. 
Les diverses poses du patineur ont l'air 
d'être prises tout simplement, sans se- 
cousses, sans tension démuselés, par con- 
séquent sans fatigue. Il n'en est rien cepen- 
dant. Les chutes, très-rares pour l'homme 
consommé dans la pratique, ne laissent 
pas que d'être le partage du commençant ; 
elles peuvent à coup sûr le rebuter. Mais 
si l'on en garde parfois des souvenirs dou- 
loureux, hâtons-nous d'ajouter qu'elles 
ne sont presque jamais graves (1). 

(1) Nous affirmons que, dans notre longue pratique, 
bien que nous ayons vu souvent tomber des patineurs, 



INTRODUCTION. 11 

Combien de gens, persuadés d'une 
réussite que leur amour-propre ne met- 
tait pas en doute, ont voulu chausser le 
patin, puis, après quelques déboires, y 
ont renoncé pour toujours ! 

Nos voisins du Nord, avec leur taille 
plus élevée que la nôtre, leur tempéra- 
ment plus froid, leur esprit plus réfléchi, 
s'aventurent beaucoup moins dans les 
coups de patin hasardés, brusques, sca- 
breux parfois ; ils savent éviter les extrê- 
mes, qui sont, pour ainsi dire, le cachet 
de notre caractère national. 

Paris néanmoins est, à notre avis, la 
ville qui possède les meilleurs patineurs ; 
c'est là qu'il faut étudier les maîtres, 
pour comprendre tout le développement 
dont l'art du patin est susceptible. 

ce qui n'a pas manqué de nous arriver à nous-même, 
nous n'avons jamais constaté d'accidents sérieux. 



12 INTRODUCTION. 

Pour y réussir il faut une certaine dose 
d'adresse, un caractère résolu et entre- 
prenant, une volonté ferme, décidée à 
triompher des obstacles qui assiègent tout 
art à ses débuts. 

Nous dirons à ceux qui ne croient pas 
avoir ces qualités : Demeurez en repos ; 
ne faites pas de vains essais, qui n'abouti- 
raient qu'à vous rendre ridicules. 

Qu'on regarde les étrangers, qu'on 
examine leur façon de patiner; ils sont 
généralement raides, guindés, ne cher- 
chant en rien à relever un art dont tout 
le mérite consiste en des attitudes moel- 
leuses, des poses flexibles, des mouve- 
ments souples et gracieux ; ils ne sortent 
pas de leur méthode franche, solide, bien 
déterminée , mais restreinte dans ses 
effets, et n'offrant jamais de dangers. 

Il y a toutefois à cette froide symétrie 



INTRODUCTION. 13 

de nombreuses exceptions. Nous avons 
connu, en Allemagne, des patineurs d'une 
vigueur à toute épreuve : ils franchissaient 
des espaces de deux mètres, sautaient 
par-dessus deux ou trois chapeaux super- 
posés, par-dessus même de petits traî- 
neaux destinés à promener les dames. Ce 
sont là des organisations privilégiées, 
douées d'une souplesse extraordinaire, de 
forces musculaires que l'on rencontre 
rarement (1). 

Mais trêve à ces comparaisons qui ne 
prouvent qu'une chose : c'est que chaque 
peuple a ses qualités propres. Contentons- 
nous de signaler les différents genres que 
Ton adopte, afin de mettre nos lecteurs à 
même d'en faire leur profit. 

(i) Le baron de Brinken, ancien page de Jérôme, 
roi de Westphalie , depuis général de division en 
Autriche, exécutait tous les tours de force dont nous 
parlons. 



ii INTUODUCTION. 

La capitale de la France, avons-nous 
dit, produit ou possède les patineurs les 
plus renommés. Elle le doit à sa nom- 
breuse population flottante, à ses écoles 
qui renferment l'élite de la jeunesse, et 
surtout à ses gymnases qui forment jour- 
nellement des sujets dignes de figurer à 
côté des meilleurs acrobates. 

Tout cela devait faire surgir des célé- 
brités du patin. C'est ce qui est arrivé. 
On a vu régulièrement sur les bassins de 
Paris, à la Glacière, au grand canal de Ver- 
sailles, nombre de réputations dans cet 
art, bien acquises, mais qui s'effaçaient 
devant des maîtres de premier ordre. 
C/est là qu'ont brillé tour à tour, sous 
nos yeux, les Garcin, les Gagelin, Pitro, 
artiste dramatique, Horace Vernet, l'une 
des gloires de notre époque, lequel excel- 
lait dans tous les exercices du corps; le fils 



INTRODUCTION. 15 

d'un colonel , victime , aussi regrettable 
que le maréchal Ney, des troubles de 
1815; et pour citer une date plus re- 
culée, le célèbre Saint-Georges, dont 
l'adresse incroyable ne fut jamais sur- 
passée (1). 

Nous avons eu pour professeur un 
contemporain et ami de ce fameux mu- 
lâtre. Ce qu'il nous en a raconté est bien 
au-dessus de tout ce que l'on peut ima- 
giner, et donnerait à l'esprit une satisfac- 
tion complète si avec ces tours de force, 
avec cette main si habile à manier une 
arme quelconque, on n'eût pas eu, dans 
certaine circonstance, a lui reprocher de 
la pusillanimité (^). 

(1) On a dit, à tort, que Saint-Georges écrivait son 
nom sur la glace en patinant. Nous déclarons le fait 
impossible. Il en sera parlé plus loin. 

(2) Saint-Georges ayant un jour gravement moleslé 
un jeune homme, ce dernier exigeait une rétractation 



16 INTRODCCTION. 

L'hiver, ordinairement si triste, si som- 
bre, si monotone , cette saison si redou- 
tée des vieillards, et qui accable de tant 
de maux l'homme im^prévoyant, l'hiver 
a cependant des charmes et procure des 
plaisirs nombreux. D'abord il fortifie les 
organes, il donne du ton et de l'énergie 
à tous les tissus de la peau ; on peut alors 
soumettre le corps à des épreuves qui 
altéreraient considérablement la santé 
dans la saison des chaleurs. L'estomac 
supporte des repas copieux, les bals fati- 
guent moins, les théâtres peuvent, sans 
enfreindre les lois de l'hygiène, se garnir 
d'une foule compacte ; les réunions de 

ou un duel au pistolet, à cette condition qu'une arme 
seule serait chargée. 

Saint-Georges refusa toute satisfaction, en disant, 
comme ce général qui se fit une déplorable renommée 
au tir au pistolet : « Je risque ma vie, je ne la joue 
pas !» 



INTRODUCTION. 17 

famille, les sociétés de coin du feu bril- 
lent de leur plus vif attrait. 

C'est alors aussi que les eaux, formant 
une surface solide, attirent les amateurs 
du patin, les engagent à se livrer à cet 
exercice, assurément l'un des plus salu- 
taires ; ils y développent à l'envi toute la 
grâce de leurs mouvements, toutes les 
ressources de leur adresse, surtout si un 
public nombreux, si d'élégantes jeunes 
femmes les regardent, les admirent, et 
leur accordent quelques-uns de ces ap- 
plaudissements si doux de la part de la 
beauté : car, il ne faut pas se le dissimuler, 
une galerie est nécessaire au patineur ; 
éloignez lesspectateurs, plusd'attraitpour 
lui; lemêmeliomme qui, unmoment aupa- 
ravant, s'élançait avec ardeur, affrontait 
même le péril, tombe dans une espèce 
d'atonie, s'il n'a plus, pour l'animer, ce 



18 INTRODUCTION. 

Stimulant qui exaltait son audace, ces 
regards de la foule, ces cris d'admira- 
tion qui le payaient glorieusement de ses 
efforts. 

Sous le rapport des plaisirs que peut 
offrir la glace, l'hiver de 1860-61, déjà 
loin de nous, a été tout exceptionnel. 

Pendant un grand mois qu'a duré la 
gelée, à combien de parties de plaisir n'a- 
t-elle pas donné lieu? N'avons-nous pas 
vu l'Empereur lui-même, au lac de Boulo- 
gne, ne pas dédaigner le cothurne du Nord , 
se livrer, d'une manière remarquable , 
aux évolutions les plus hardies? I/lmpé- 
ratrice n'est-elle pas venue embelhr, 
comme toujours, par sa présence, ces 
fêtes où chacun, stimulé par un radieux 
soleil d'hiver, cherchait à se surpasser en 
joie, en gaieté folâtre? 

Le Figaro cite, a ce sujet, une anec- 



INTRODUCTION. 19 

dote caractéristique, dont nous lui deman- 
dons la permision de nous emparer. 

« Dernièrement un patineur enthou- 
siaste arriva sur le lac gelé du bois de 
Boulogne, tenant par la main une ravis- 
sante petite fille dont les joues empour- 
prées par la bise ressemblaient assez à 
deux tartines de confitures. 

« Le père, — nous croyons que c'était 
le père de Tenfant, — plaça la petite fille 
dans un traîneau, chaussa ses patins et 
se mit en devoir de pousser devant lui 
le léger véhicule, lorsqu'il en fut empêché 
par je ne sais quel accident arrivé à la 
courroie de son patin. 

« Un spectateur qui n'avait perdu ni 
l'embarras du père, ni la moue char- 
mante de l'enfant, s'approcha du traîneau 
où reposait la petite fille et, la poussant 
vivement devant lui, lui fit faire le tour 



20 INTRODUCTION. 

du lac, puis ramena l'enfant près de son 
père. 

« La petite fille remercia Tobligeant 
conducteur par son plus frais sourire. Le 
père demeura interdit... 

« L'Empereur sourit avec bonté et, 
d'un coup de patin, disparut dans la 
foule. » 

Tel est le goût de Sa Majesté pour le 
patinage, qu'elle a voulu se donner à 
elle-même le spectacle d'une de ces fêtes 
au flambeau dont la Serpentine, à Lon- 
dres, était récemment le théâtre. Ce festi- 
val de l'hiver, qui marquera dans les fastes 
du sport, a trouvé dans M. Paul d'Ivoi, 
un des chroniqueurs de la Patrie, un 
historiographe non moins fidèle que Dan- 
geau. 

« C'est sur le lac de Longchamp, près 
de la grande cascade, raconte M. Paul 



INTRODUCTION. 21 

dlvoi, que cette fête a eu lieu. On avait 
empêché le public de descendre sur la 
glace de ce lac, de sorte qu'elle était restée 
unie comme une des vastes glaces de 
Saint-Gobain. Ce lac de Longchamp est 
entouré d'un rideau de grands arbres 
qui le cache et qui, en circonscrivant la 
fête, devait lui donner plus d'éclat. 

« Vers huit heures, la nuit était déjà 
très-noire, le ciel brumeux ne laissait tom- 
ber aucune clarté. Tout était noyé dans 
une teinte neutre foncée, lorsque tout à 
coup apparaissent des hommesportant des 
lanternes. Une demi-teinte transparente 
glisse à travers la brume sur la surface 
unie du lac. La lumière furtive ruisselle sur 
les troncs d'arbres couverts de cristalli- 
tions, s'accroche aux branches en paillet- 
tes phosphorescentes. Quelques hommes 
s'avancent silencieusement sur le sol, 



22 INTRODUCTION. 

comme des fantômes. Bientôt on voit des lu- 
mières de couleur s'allumer toutes seules 
aux arbres et faire trembloter leur jaune au- 
réole sur le fond encore obscur. Les lu- 
mières se multiplient, jaillissent de toutes 
parts, courent en guirlandes d'un arbre 
k l'autre comme des lianes de feu ; ces 
lianes grandissent, enveloppant tous les 
arbres, depuis leur pied jusqu'à leur cime 
la plus élevée. A neuf heures, ce lac im- 
mobile miraculeusement illuminé et dé- 
sert, avec ces mille flammes de toutes 
les couleurs reflétées dans le miroir glacé, 
offrait un aspect vraiment merveilleux et 
qu'on ne saurait décrire. 

« Des nattes de paille et des tapis 
avaient été étendus sur la berge, pour 
que l'on pût descendre sur la glace sans 
dauÊçer de glisser. 

« Une tente élégante avait été dressée 



INTRODUCTION. 23 

sur le lac, à rextrémité duquel s'était 
élevé comme par enchantement un buffet 
splendide et appétissant. 

« Autour du lac, sur la glace, circu- 
laient une multitude d'hommes coiffés 
d'une sorte de casque de cuivre poli 
surmonté d'une lanterne. Environ deux 
cents traîneaux , tout enguirlandés de 
fleurs et de lanternes chinoises , atten- 
daient rangés sur le bord. 

« A neuf heures, les voitures commen- 
cent à arriver. De nombreux équipages 
étincelants amènent l'élite de la société 
parisienne; quelques minutes après neuf 
heures, LL. MM. l'Empereur et l'Impé- 
ratrice sont arrivés et sont immédiate- 
ment descendus sur la glace. Un traî- 
neau splendide avait été préparé pour 
S. M. l'Impératrice, mais elle a refusé 
de s'en servir et a préféré patiner. 



24 INTRODUCTION. 

« On ne laissait descendre sur la 
glace que les patineurs et les dames qui 
voulaient aller en traîneau. Les hommes 
qui patinaient portaient tous des torches, 
des tridents de feu ou des guirlandes de 
lanternes chinoises, suspendues au bout 
delongs bambous. 

« Rien ne peut donner une idée de 
l'éclat et de l'animation de cette fête. Les 
traîneaux fuyaient rapidement, poussés 
par des mains galantes ; la glace se rayait 
de toutes parts sous l'acier affilé comme 
se raye un miroir sous un diamant; 
c'était un joyeux va-et-vient de person- 
nages coquettement vêtus de velours et , 
de fourrures. L'animation était à son 
comble. Grâce au salutaire exercice du 
patin, on ne sentait pas le froid, et, sur 
les joues des femmes, s'épanouissait un 
incarnai qui n'était pas produit par l'acre 



INTRODUCTION. 25 

baiser de la bise. Autour du lac se pres- 
sait une foule de spectateurs aristocra- 
tiques, en toilette et tout emmitouflés de 
fourrures. 

« On y voyait comme en plein jour, et 
cependant, de moments en moments, tou- 
tes ces lumières si brillantes s'éteignaient 
subitement, noyées qu'elles étaient dans 
une clarté plus intense. Tantôt la lumière 
électrique allumait dans le ciel un nou- 
vel astre, un soleil aux rayons bleuâtres 
comme ceux de la lune. Tantôt on eût dit 
que des incendies s'allumaient dans le 
bois. C'étaient des feux de Bengale verts, 
jaunes, bleus, rouges, qui jetaient une 
lueur incandescente ; on entendait les 
crépitements de Tincendie, et des nuages 
de fumée couleur d'agate formaient 
comme un dôme mobile au-dessus du 
lac. Lorsque les feux rouges dominaient, 

2 



26 INTRODUCTION. 

l'effet était surtout merveilleux. Tout pre- 
nait des flamboiements étranges, Tair 
semblait s'enflammer, on respirait du feu, 
les troncs d'arbre s'allumaient, la surface 
de la glace rougissait comme un lac de 
lave, un rose incendie dévorait les bran- 
ches des arbres. On ne serait cru dans 
une salle ornée de stalactites de métal en 
fusion; les yeux jetaient des étincelles 
rouges, les habits se teignaient de pour- 
pre. C'était un enfer, un véritable enfer 
d'Opéra, un enfer de feu à dix degrés au- 
dessous de zéro pour ceux qui ne pati- 
naient pas. 

« Les costumes des femmes qui pati- 
naient étaient charmants, sans avoir rien 
d'étrange ; elles portaient le petit cha- 
peau russe à bords relevés; les jupes 
des robes , retroussées par des pages 
d'acier, avaient la tournure des robes du 



INTRODUCTION. 27 

temps de Louis XV, et laissaient voir des 
jambes coquettement chaussées de lon- 
gues guêtres de maroquin. 

« Le buffet était sans cesse entouré de 
patineurs, auxquels on offrait du punch, 
du vin chaud et des glaces. Tous ces pa- 
neurs et ces patineuses étaient, vous le 
savez, gens de la meilleure compagnie^, et 
les choses se sont passées là avec la 
même urbanité qui règne dans un salon. 
Parmi les patineurs, nous avons reconnu 
le prince et la princesse Murât, le comte 
et la comtesse de Morny, le marquis et 
la marquise de Galiffet , mesdames la 
baronne de Renneval, la baronne de 
Gazes, la princesse Poniatowska, MM. de 
Castelbajac, de Pierres, etc., etc., etc. 
L'Empereur a patiné une partie de la 
soirée. Lorsque Tlmpératrice patinait, 
MM. Stevens et Roullaux du Gage avaient 



28 INTRODUCTION. 

Thonneur de donner la main à Sa Ma- 
jesté. 

« La fête a duré jusqu'à une heure 
du matin. A une heure, tous étaient 
partis, emportant de là le souvenir d'une 
soirée charmante et le désir de recom- 
mencer. » 

L'élan était donné; l'émulation fit 
les frais de ces parties de plaisir : plu- 
sieurs de nos villes de province voulurent 
imiter Paris : on vit alors des traîneaux 
illuminés circuler en tous sens sur la 
glace, des flambeaux, des lanternes im- 
provisées apparaître, comme par enchan- 
tement, sur tous les cours d'eau. Aussi 
ce nouveau genre d'amusement produisit 
un effet tel, que l'hiver de 1861 laissera 
un souvenir durable (1), 

(1) Les Anglais, ce peuple si sérieux, se sont égale- 
ment réunis en fêtes de nuit à Hyde-Parc. Là, malgré 



INTRODUCTION. 29 

Nous avons assisté à quelques-unes de 
ces fêtes émouvantes; nous-même, vieux 
praticien du patin, nous avons osé abor- 
der de nouveau la glace, et nous avons 
risqué les chutes, souvent dangereuses 
dans l'âge avancé. 

Nous avons eu occasion d'examiner des 
jeunes gens pleins d'ardeur, s'escrimant, 
se débattant, luttant, tout en sueur, avec 
un courage digne d'un meilleur sort , 
contre des difficultés qu'ils croyaient 
insurmontables. Nous en avons conclu 
qu'une théorie bien démontrée, que des 
explications nettement définies , les leur 
eussent considérablement aplanies. 

Nous nous sommes dit : Comment se 
fait-il que la gymnastique, l'escrime, la 

la sévérité de la consigne qui fait fermer les portes 
à la chute du jour, ils se sont oubliés des nuits entières 
à patiner, à la lueur des lampions, des torches et des 
flambeaux. 



30 INTRODUCTION. 

danse, la paume aient leurs professeurs, et 
que le patin n'ait pas les siens ? Comment 
n'a-t-on pas encore songé à en décrire 
les règles, à en fixer les principes dans un 
ouvrage élémentaire? Combien l'on eût 
facilité cet apprentissage, qui effraie tant 
de gens timides ! 

Il est certain que l'homme qui glisse, 
chancelle , se rattrape pour retomber 
encore, doit être singuhèrement désap- 
pointé. 

Dans le jeune âge, tous ces accidents 
n'ont aucune suite funeste. Aussi les 
parents devraient familiariser de très- 
bonne heure leurs enfants avec tout ce 
qui est exercice d'adresse. 

Il résulte donc, de ce qui vient d'être 
dit, qu'un traité clair, précis, indiquant 
une classification, un point de départ, 
une base enfin, est appelé à rendre ser- 



INTRODUCTION. 31 

vice (1). Les explications qu'on y trou- 
verait donneraient la clé des progrès à 
réaliser. Les jeunes adeptes y puiseraient 
des renseignements qui les mettraient en 
garde contre la raideur, la gaucherie, les 
efforts pénibles , résultat ordinaire du 
manque de savoir. 

Combien, en effet, de patineurs, d'ail- 
leurs très-hardis, très-solides, prennent, 
sans s'en douter, des attitudes choquantes, 
se livrent à des poses qui sont le contre- 
sens direct des lois de l'équilibre, et, 
pleins de confiance dans leur fausse ap- 
préciation, semblent s'y complaire avec 
un air de parfaite satisfaction ! 

Il était nécessaire, en outre, de rappe- 

(1) On ne trouve plus rien qui parle de Texercice 
du patin. H parut, en 1813, une petite brochure, par 
Garcin, intitulée : Le vrai Patineur. Cette brochure 
donnait de très-bonnes définitions. Elle est complète- 
ment épuisée. 



32 INTRODUCTION. 

1er des noms oubliés, des pas exécutés par 
les maîtres qui nous ont précédés et aux- 
quels nous devons de la reconnaissance. 
En consultant les faits, en rapprochant 
les idées émises, nous avons cru devoir 
établir la qualification des divers coups 
de patin dont nous donnons la définition. 

Jusqu'ici nous n'avons parlé que de 
l'agrément que procure l'exercice du pa- 
tin, des sensations variées qu'il fait naître, 
des voluptés que causent les ondulations 
qui en sont l'accompagnement obligé. 
11 nous reste à faire ressortir son utilité. 

La Hollande, la Belgique, et même la 
partie de la France limitrophe à ce dernier 
pays, sont, comme on l'a dit déjà, sillon- 
nées de cours d'eau en tous sens. Rien 
de plus curieux que de voir, dans l'hiver, 
ces mille réseaux, durcis par la gelée, 
se couvrir d'une population active, circu- 



INTRODUCTION. 33 

lant et vaquant à ses affaires. Les paysan- 
nes, après avoir eu soin de placer leurs 
petits enfants sur de légers traîneaux 
qu'elles dirigent , se chargent de leurs 
denrées pour le marché voisin ; chaus- 
sées de mauvais patins, un panier d'œufs 
sur la tête, souvent même la pipe à la 
bouche, les voilà parties pour vendre leur 
beurre et leur fromage, sans qu'aucun ac- 
cident vienne trahir leur adresse. 

On pourrait citer aussi les peuples de 
la Laponie suédoise, confinés dans des 
solitudes couvertes de neiges éternel- 
les. Les habitants de ces plaines de 
glace les parcourent dans leurs voyages, 
dans leurs chasses, au moyen de patins 
dont la forme et l'usage s'éloignent con- 
sidérablement de ceux que nous em- 
ployons. 

L'art du patineur offre encore des 



34 INTRODUCTION. 

avantages qui certes ne seront pas con- 
testés. N'est-ce pas en y déployant l'a- 
dresse et les grâces du corps que Ton at- 
tire, que Ton captive le spectateur? 
N'est-ce pas par le désir de voir, d'ad- 
mirer et de plaire, que les femmes surtout 
viennent prendre part à ces gracieux 
ébats? 

Eh bien ! que de liaisons , devenues 
intimes , ont commencé sur la glace ; 
combien de cœurs se sont échauffés dans 
des corps grelottant sous la rigueur du 
froid ! Quelle est la femme , ordinaire- 
ment si vive, si impressionable, si cu- 
rieuse de tout ce qui lui paraît excentri- 
que, qui puisse rester indifférente, impas- 
sible devant ces lignes régulières, ces 
contours moelleux , ces volutes symé- 
triques qui font ressortir, chez l'homme 
qui les exécute, les brillants avantages 



INTRODUCTION. 35 

de la jeunesse, rehaussés par le charme 
séduisant des poses? 

Qu'on nous permette de citer à Tappui 
un fait dont nous avons été le témoin et 
le confident. Un de nos amis, d'un régi- 
ment de lanciers à Versailles, s'évertuait 
sur le grand canal, avec tous les agré- 
ments physiques dont il était doué. Deux 
dames mises avec une parfaite distinction 
l'examinaient déjà depuis quelque temps. 
L'une d'elles, la plus jeune, semblait 
porter une attention particulière aux évo- 
lutions de notre officier. Un faux pas, 
causé par une pierre, le fit, un moment, 
chanceler ; la chute était imminente : il 
sut l'éviter. Mais un léger cri avait trahi 
une émotion féminine. Il tourne aussitôt 
la tête de ce côté, et deux regards se ren- 
contrent Trois mois plus tard on célé- 
brait un mariage à l'église Saint-Louis. 



36 INTRODUCTION. 

Deux charmants enfants sont venus, de- 
puis, mettre le comble au bonheur des 
époux qui, aujourd'hui, sont peut-être 
les deux êtres les plus heureux en mé- 
nage. 

Une Revue contemporaine (1) parlait 
dernièrement en ces termes d'évolutions 
exécutées sur la glace par les rifle- 
volontaires du Lincolnshire , en Angle- 
terre : 

« Dans le comté de Lincoln, le drai- 
nage, exécuté au moyen de canaux in- 
nombrables, présente l'aspect d'un ré- 
seau aquatique, qui coupe en tous sens 
les vastes plaines. 

« Les Anglais, gens toujours ingénieux, 
viennent de découvrir un nouvel avantage 
à ce système de canaux et de fossés qui 
sillonnent le pays. Dernièrement, dès que 

(1) Le Monde illustré, n» du 2 février 1861. 



INTRODUCTION. 37 

Teau de ces canaux fut gelée, et que leur 
surface eut offert une résistance suffi- 
sante, ridée est venue aux rifle-volon- 
taires du Lincolnshire d'exécuter une 
marche militaire sur ces chemins ra- 
pides. 

« Le 28 décembre 1860, le régiment, 
composé de trois compagnies, s'est rendu 
sur ces canaux. Chaque soldat a chaussé 
le patin, et, sur un signal donné par le 
clairon, a fait sur la glace les mêmes évo- 
lutions que celles qu'il accompht sur le 
champ de manœuvres. » 

Mais voici un épisode de guerre, qui 
eut probablement des résultats plus im- 
portants. Si M. Thiers, quand il écrivit 
son ouvrage monumental du Consulat et 
de l'Empire, en avait eu connaissance, il 
n'aurait certainement pas manqué d'en 
parler. Cette particularité est d'ailleurs 

3 



38 INTRODUCTION. 

tout à fait spéciale au sujet qui nous oc- 
cupe, et présente un intérêt qui flatte 
notre amour-propre. 

Dans le précoce hiver de 1806, après 
la bataille d'Iéna, le maréchal Mortier 
recevait Tordre de l'Empereur de s'em- 
parer, sans retard, des villes anséati- 
ques (1). L'officier d'état-major, à qui nous 
tenions de très-près, chargé de trans- 
mettre cet ordre, se trouvait à l'embou- 
chure de l'Elbe qu'il fallait passer, et 
qui, en cet endroit, n'a pas moins de 
douze kilomètres de largeur. 11 s'agissait 
de trouver un pont. C'était un détour à 
faire de trente-cinq kilomètres en des- 
cendant, et autant pour revenir de l'autre 
côté, à peu près en face du point de dé- 
part. Cet officier, comprenant la valeur 

(1) Histoire du Consulat et de l'Empii^e^ parM. Thiers, 
tome Vn, page 223. 



INTRODUCTION. 39 

du temps en pareille circonstance, ne 
balança pas à prendre une résolution 
qui aurait pu lui devenir funeste. Il se 
procura des patins, franchit rapidement 
l'espace qui le séparait de l'autre rive, 
et parvint, par ce moyen ingénieux et 
hardi à la fois, à remettre la dépêche dix 
heures plus tôt qu'il n^eût pu le faire par 
la route ordinaire. 

Nous croyons en avoir dit assez, pour 
faire accorder quelque valeur à ce petit 
livre , ne serait-ce que celle de la nou- 
veauté ; de l'à-propos peut-être, car l'hiver 
va bientôt revenir et permettre aux pati- 
neurs de reprendre leurs progrès inter- 
rompus. 

Ce travail n'a été entrepris que dans 
le but seul d'être utile. Puissent ceux qui 
croiront en retirer un avantage l'accueil- 
lir avec bienveillance, tout imparfait qu'il 



40 INTRODUCTION. 

est; et surtout ne voir dans nos efforts 
qu'un désir, celui de donner, pour les 
amateurs du patin, une théorie que nous 
n'avons acquise qu'à force de travail 
et de persévérance. Nous n'ambitionnons 
pas d'autre récompense. 



PHYSIOLOGIE 



DU PATINEUR 



Avant d'entrer en matière sur les règles 
relatives au patin, il est essentiel de donner 
quelques avis sur la manière de reconnaître 
la solidité de la glace. Différentes sortes de 
patins doivent être aussi le sujet d'un examen 
attentif, ainsi que les moyens pour les fixer. 



DE LA GLACE 

On ne saurait trop prémunir les jeunes 
gens contre les accidents fréquents qu'occa- 
sionnent les glaces faibles. Et cependant 
aussi c'est leur rendre service que de les en- 
gager à ne pas s'effrayer mal à propos. Le 
sang-froid dans le danger est l'apanage de 
l'homme courageux : le péril doit être ap- 



42 PHYSIOLOGIE 

précié à sa juste valeur; il faut s'en rendre 
compte et ne le voir que là où il existe réel- 
lement. 

Un principe des plus importants à observer, 
et dont il ne faudra jamais se départir, c'est 
de ne s'aventurer, dans aucune circonstance, 
sur une eau profonde quand le dégel a com- 
mencé, encore moins sur une eau courante. 

Lorsque le thermomètre est remonté au- 
dessus de zéro, les surfaces glacées perdent 
toute leur consistance. Elles s'amollissent et 
tournent en quelque façon à l'état de neige. 
Si elles venaient à se rompre sous le poids de 
l'homme, elles ne se briseraient pas en lais- 
sant seulement un trou, elles s'effondreraient 
sur une grande étendue. Il est donc toujours 
dangereux de s'y risquer. 

Un froid de deux et trois degrés, pendant 
deux jours, permet d'aller à la Glacière, parce 
que l'eau, y étant peu profonde et tranquille, 
s'y gèle de bonne heure ; mais le canal de 
rOurcq exige déjà un froid continuel de 



DU PATINEUR. 43 

quatre degrés au moins, pendant cinq et six 
jours. 11 en est de même du canal de Ver- 
sailles. 

Quant à Tétang du bois de Boulogne, cette 
création nouvelle, il est trop fréquenté et sur- 
veillé avec trop de soin pour que nous ayons 
à nous en occuper. 

Quand il gèle à 8 ou 10 degrés, la glace 
acquiert une densité et une force remar- 
quables. Elle ne serait épaisse que de 2 à 
2 1/2 centimètres, qu'elle supporterait par- 
faitement sur une eau dormante. Les rivières 
et tous les courants demandent plus de pré- 
caution. 

Voici ce qui se passait autrefois à Mayence, 
où il est aujourd'hui fortement question de 
construire un pont fixe. Le Rhin, dans son cou- 
rant rapide, charrie, tous les hivers, d'énor- 
mes glaçons promptement formés. On pour- 
rait croire que, dans ces moments difficiles, 
il serait dangereux de le traverser en bateau. 
Nous avons été témoin que la circulation y 



44 PHYSIOLOGIE 

restait établie par les mariniers très-peu de 
temps avant la prise du fleuve. C'est alors 
qu'il se présente un fait assez remarquable, 
dont les personnes prudentes pourront faire 
leur profit : les glaces amoncelées venant 
enfin à se tasser et à se serrer les unes contre 
les autres, le courant disparaît, et la surface 
consolidée est prise. Un homme, auquel la 
ville alloue un traitement pour ce genre de 
service , s'élance aussitôt , soutenant une 
perche au-dessus de sa tête, et, d'un pas 
résolu, gagne l'autre bord. A peine y est-il 
arrivé, que toute la population se précipite 
avec enthousiasme sur le fleuve. Les commu- 
nications se rétablissent au même instant. 
Une heure après, les voitures se frayent un 
chemin à travers les aspérités gelées et cir- 
culent librement d'une rive à l'autre. Un 
conseil à donner à nos lecteurs, c'est de se 
servir de la perche dans les cas douteux, nous 
Tavons, pour notre propre compte, souvent 
employée comme garantie et comme sécurité. 



D\] PATINEUR. 45 

DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE PATINS 

Patin vient d'un mot grec (-Traôsiv) qui 
signifie marcher. Il y en a de plusieurs sortes, 
tous modifiés en raison du genre de service 
auquel on les destine. Cependant , à peu 
d'exceptions près, ils ont tous une grande 
analogie entre eux. Dans l'enfance de Tart, à 
une époque probablement très-reculée , le 
patin fut, sans doute, des plus simples. C est 
ainsi que dans la Flandre on voit encore des 
enfants se servir d'une côte de cheval, main- 
tenue par des ficelles attachées aux deux 
extrémités du soulier. L'arête saillante de 
l'os entame suffisamment la glace pour qu'il 
soit possible de s'y laisser glisser d'une jambe 
à Tautre. Certes ici la dépense n'est pas rui- 
neuse, et l'apprentissage se lait à peu de 
frais. 

Mais voici un genre de patin singulier, on 
ne comprend guère, de prime abord , son 
application : c'est celui en usage chez les 

3* 



46 PHYSIOLOGIE 

peuples de la Laponie suédoise, de la Nor- 
wége et autres qui avoisinent les pôles. Il 
consiste en deux planches minces de sapin : 
Tune de deux mètres environ de longueur, 
relevée par le bout, est assujettie à la chaus- 
sure ; l'autre, plus courte, bombée, est unie 
à la première et placée sous le pied. Ces deux 
planches n'ont pas plus de 6 à 7 centimètres 
de largeur. Les habitants de ces plaines 
désolées parcourent ainsi équipés, un long 
bâton pointu à la main, ces vastes solitudes 
couvertes de leur linceul de neige. Ils voyagent 
de la sorte, se dirigeant avec une adresse 
extrême et une vitesse incroyable. C'est le 
moyen qu'ils emploient pour chasser et 
prendre les animaux à la course, sans jamais 
être arrêtés par les inégalités de terrain et les 
obstacles. 

Il est inutile de donner ici la description du 
patin ordinaire, trop connu de tout le monde 
pour y arrêter le lecteur. Il suffit de savoir 
qu'il varie, en général, parla forme du fer 



nn 



é^ 








Ce 



60 



UJ 

O 

o 

ce 



5 




DU PATINEUR. 47 

plus OU moins long, plus ou moins épais, 
plus ou moins cambré ou bombé, cannelé ou 
non cannelé. 

En Hollande, où Ton voyage beaucoup sur 
les canaux , il fallait des patins entamant 
peu la glace, afin de pouvoir courir plus vite. 
Aussi les lames en sont-elles épaisses, non 
cannelées, les becs longs et recourbés. Cette 
dernière condition ne présente aucun incon- 
vénient, tant qu'il ne s'agit que d'aller devant 
soi ; mais, pour des exercices plus compli- 
qués, les accidents sont à craindre. 

L'Allemagne est en possession de fournir à 
la France presque tous les patins qui s'y 
vendent. Ils sont généralement cannelés. 
Toutefois, nous conseillerons aux élèves 
d'adopter de bonne heure ceux qui ne le sont 
pas. Ils s'habitueront, avec le temps, à leur 
usage, difficultueux, il est vrai; mais, par la 
suite, ils en retireront un avantage qui les 
indemnisera amplement de leurs peines. Ces 
patins ont une supériorité incontestable, en 



48 PHYSIOLOGIE 

ce qu'ils diminuent les efforts, facilitent la 
vitesse et permettent de s'exercer sur des 
glaces fatiguées ou même couvertes d'une 
légère couche de neige (1). 

Quant à la longueur de la lame, elle doit être 
proportionnée à celle du pied. On peut éta- 
blir, en thèse générale, que les lames courtes, 
cambrées, font rétrécir les cercles et qu'elles 
facilitent infiniment les pirouettes, tandis que 
les lames longues et redressées entraînent 
davantage à se livrer aux coups de palin 
allongés. Ainsi donc, les lames plus ou moins 
longues, plus ou m.oins bombées en dessous, 
déterminent et caractérisent, par leur emploi, 
les différents genres qu'adoptent les pati- 
neurs. 

(1) Les lames peu élevées au-dessus du sol contri- 
buent à maintenir l'équilibre. Les commençants peu- 
vent les employer au début; mais le meilleur est 
d'employer de suite la hauteur voulue. 

Il est nécessaire aussi de faire arrondir la pointe du 
talon du fer, afin de franchir plus facilement les petits 
obstacles qui se rencontrent fréquemment sur la glace. 



m mm ^^ /iA'^'*^-' 



DU PATlNKUn. 49 

PATINS A ROULETTES (l) 

Il reste encore à parler d'une invention qui 
n'est pas sans offrir quelque agrément, mais 
dont les résultats sont par trop restreints pour 
qu'il soit nécessaire de donner la description 
de ce genre de patinage excentrique. Qui n'a 
vu d'ailleurs les ballets du Prophète, du Pied 
de Mouton., où ces exercices produisent un 
effet plein de charmes ? Cependant, avec la 
meilleure intention, il n'est pas possible de 
comparer les parquets, les asphaltes, à la 
surface polie, brillante, d'une belle glace qui 
peut seule, par son étendue, permettre au 
patineur les évolutions les plus hardies. 

FIXATION DES PATINS 

Quand la forme des patins aura été choisie 
et arrêtée, il faudra s'occuper de les fixer 

(1) Le patin à roulettes fut, dit-on, inventé par 
M. Garcin, déjà cité dans cet ouvrage. 



SO PHYSIOLOGIE 

convenablement. Ici la difficulté devient sé- 
rieuse ; car, de toutes les garnitures à cour- 
roies, aucune n'est véritablement bonne. Il 
est à propos cependant d'indiquer celles qui 
s'emploient le plus communément. 

GARNITURE ORDINAIRE 

Elle se compose d'une talonnière garnie 
d'anneaux auxquels s'attache une courroie de 
14 centimètres, qui, passant dans la mortaise 
sous le pied, prend le nom de dessous-de-pied. 
On y joint une petite patte en cuir clouée 
sous le bois, et destinée à empêcher la talon- 
nière de remonter. Tout le système se com- 
plète par une courroie de i mètre environ de 
longueur sur un peu moins de 2 centimètres 
de largeur, nommée bride, et qui passe dans 
la mortaise du bout du pied. Le grand côté 
se croise sur le cou-de-pied, s'engage dans 
les anneaux, puis revient, en croisant de 
nouveau, se joindre à la boucle. Cette gar- 



DU PATINEUR. 51 

niture est peut-être la plus simple, mais n'est 
pas d'une grande solidité. 



GARNITURE DITE IMPROPREMENT 

à V anglaise. 

Cette garniture consiste en une seule cour- 
roie, longue de 1 mètre 10 cent, environ, 
passant, en entourant le pied, successivement 
dans trois mortaises pratiquées dans le bois. 
Elle vient ensuite se boucler sur le cou-de- 
pied. 



•*o*- 



ANCIENNE GARNITURE DITE 

à la parisienne, 

11 s'agit, pour l'obtenir, de clouer sur le 
bois du patin un dessous de soulier dont 
Fempeigne découpée reçoit et contient le 
bout du pied. Cette empeigne déborde tout 
autour de 2 centimètres. 11 faut, en outre, y 



52 PHYSIOLOGIE 

joindre une oreille de cuir qui, au moyen 
d'une boucle, maintient toute la garniture. 



MONTURE DE M. GARCIN 

C'est une paire de patins ordinaires , 
dont le fer, au lieu d'être muni d'un crochet 
qui les fixe dans le bout , a , comme au 
talon, une vis à cet usage. Ces deux vis, à 
têtes longues et plates, entrent dans deux 
trous pratiqués dans des souliers, et les 
clouent aux patins par ces parties de la chaus- 
sure, d'une manière aussi solide qu'invariable ; 
ensuite, pour mieux consolider le tout, on 
passe deux larges cuirs qui traversent chaque 
patin, et brident le pied, l'un vers le milieu 
et l'autre tout près de la jambe. 

Ce genre de monture était assez commode. 
L'inventeur en avait établi un dépôt. Chacun 
pouvait trouver h s'équiper selon ses goûts. 



DU PATINEUR. 53 

MONTURE ALLEMANDE 

Un autre genre de monture, importée 
d'Allemagne il n'y a pas très-longtemps, a 
surtout l'avantage de la simplicité : ce sont 
deux courroies, l'une au bout du pied, l'autre 
sur le cou~de-pied, plus une talonnière en 
cuivre. Cette méthode est assez répandue. 
Elle mérite d'être prise en considération. 

Après avoir indiqué les garnitures à cour- 
roies , toutes plus ou moins détectueuses , 
puisqu'elles compriment les tendons et arrê- 
tent la circulation du sang d'une façon souvent 
douloureuse (1), il reste k citer le meilleur 
système à notre avis. C'est, croyons-nous, le 
seul qui réunisse toutes les conditions dési- 
rables et qui , par conséquent , doive être 
adopté par le véritable amateur. 

Choisissez un fer tel que vous le désirez, 
eu égard à toutes les dimensions dont il a 

(1) Des morceaux de peau de mouton soulagent 
infiniment. 



54 PHYSIOLOGIE 

été parlé (1). Ayez recours à un ouvrier 
intelligent pour imiter la forme de ce fer (2). 
Une vis saillante sera brasée sur la partie du 
fer qui correspond au talon, destinée à unir 
le fer au bois au moyen d'une rondelle. Une 
autre vis, plus étroite et plus courte, sera 
brasée vers le milieu du fer. Elle devra, 
comme la première, fixer le fer au bois par 
l'intermédiaire d'une autre rondelle. Cette 
dernière sera armée de deux pointes, dont le 
but sera de pénétrer dans la semelle du 
soulier. Tout cet assemblage constituera la 
monture du patin ; mais, pour la compléter, 
il faut encore deux cuirs larges de o 1/2 cen- 
timètres, cloués dans le bois, sous le bout, 
pour affermir la pointe du pied au moyen de 
deux petites boucles. 

(1) Hauteur du fer. . . 19 millim. à 2 centim. 
Épaisseur 5 à 6 millim. 

Longueur en rapport avec celle du pied. 

Épaisseur moyenne du bois, 2 cenlim. 2 millim. 

(2) Un armurier. 



DU PATINKUK. 55 

11 s'ngit maintenant d'ajuster une paire de 
souliers ou de boites à ce système, qui paraî- 
tra peut-être compliqué, mais qui cependant 
est, sans contredit, le plus simple. La der- 
nière opération consiste donc à introduire 
et fixer parfaitement dans le talon du soulier 
un pas de vis destiné à recevoir la vis ta- 
lonnière du patin (1). Ce genre de monture 
est la fois commode, ne blesse jamais, et se 
recommande parsasoliditéà toute épreuve (2). 



-oo><g!<cK>- 



DE L'ATTITUDE DES BRAS 

Dans tous les exercices d'équilibre les bras 
sont d'un secours immense, puisqu'ils font 

(1) Il est facile d'avoir une vis s'introduisant dans 
le trou du talon du soulier. Cette vis se défait sur la 
glace, et, de cette manière, ne donne pas rembarras 
d'emporter deux chaussures. 

f2j II était nécessaire de donner cette longue des- 
cription pour les personnes habitant la province (voir 
la planche n^i); mais on trouvera le modèle ci-dessus 
indiqué, chez M. Panchèvre, armurier, au Mans. 



56 PHYSIOLOGIE 

balancier et aident considérablement à se 
maintenir sur le centre de gravité. On croit 
assez généralement que le patineur s'en sert 
pour se donner un genre et viser k la grâce 
quand même. Leur pose, il faut qu'on le 
sache, n'est pas indifférente : en avançant a 
propos un bras ou Tautre, vous déter- 
minez un élan qui entraîne plus aisément 
sur le pas a entamer. Si l'on voit plus commu- 
nément des bras pendants ou des mains dans 
les poches, c'est que la plupart des personnes 
ne savent pas en tirer parti. Et puis, dans 
ces cas d'ailleurs, l'épaule n'en joue pas moins 
instinctivement le rôle d'équilibre, qui lui est 
dévolu. Les bras peuvent tout aussi bien être 
fixes pour les pas simples, pour aller devant 
soi ou en arrière; mais aucun pas simple ou 
composé ne peut être perfectionné si les bras 
ne viennent se mettre en rapport avecla jambe 
qui agit. C'est par leur concordance et leur 
harmonie que le vrai patineur se distingue el 
sait multiplier ses exercices en y développant 



DU PATINEUR. 57 

tous les agréments qu'il possède, dans des po- 
ses étudiées d'après les lois invariables des 
aplombs (1). 

Il y a par conséquent deux manières de se 
servir de ses bras: Tune de les avoir toujours 
fixes; Tautre, beaucoup préférable, de les 
employer convenablement. Cette dernière 
manière devra être adoptée, ce qui n'empê- 
chera pas de revenir, de temps à autre, à la 
première, quand ce ne serait que pour faire 
contraste. 



DES BRAS FIXES 

On peut les placer de diverses façons : les 
croiser sur la poitrine ou derrière le dos. On 
peut encore les laisser tomber devant soi, les 
mains réunies, en tenant un gant, une ba- 
dine. Un bras peut être placé derrière le dos, 

(i) Il sera donné, avec Texplication dos pas princi- 
paux, celle de la pose des bras qui s> rattachent. 



58 PHYSIOLOGIE 

tandis que l'autre est devant la poitrine, la 
niain dans le gilet. On peut aussi, négligem- 
ment, mettre ses mains dans ses poches. Ce 
genre semble éloigner toute idée de préten- 
tion. Nous aimons assez cette pose des mains 
sur les hanches, en ce qu'elle permet de se 
rattraper facilement dans un faux coup. Il 
serait à désirer, pour avoir les bras fixes, que 
le patineur fût assez sûr de lui pour ne pas 
être obligé de les déranger parfois avec des 
contorsions ridicules. 

Il est bon de faire observer que pour pati- 
ner librement et avec quelque élégance il est 
nécessaire d'avoir un costume peu embarras- 
sant. On peut arriver sur la glace avec son 
paletot, s'essayer pendant un certain temps 
enveloppé chaudement; mais bientôt, par le 
mouvement, les vêtements doubles ne sont 
plus supportables : c'est alors que le patineur 
peut s'en débarrasser, se donner toute la liberté 
des bras et les mouvoir à volonté. 



DU PATINEUn. 59 

COSTUME DU PATINEUR 

Le costume devra être commode et léger. 
Trop épais il gênerait, trop long il embarras- 
serait le mouvement des jambes. Une petite 
veste simple, d'une couleur peu voyante, et 
une toque quelconque, bien fixée sur la tête, 
rempliront parfaitement le but. Le chapeau 
ne convient pas; comme il peut tomber au 
moindre mouvement, il faut éviter d'avoir a le 
ramasser à tout instant, ce qui prête toujours 
à rire. 

Les maîtres, nommés vulgairement Gilets- 
rouges, peuvent seuls se permettre un cos- 
tume apparent pour se faire remarquer au 
milieu de la foule ; mais aussi ils prennent la 
une responsabilité que les plus forts ont sou- 
vent peine à soutenir : celle de ne jamais 
tomber. 11 faut être bien sûr de soi pour oser 
paraître avec une mise éclatante. 



60 PHYSIOLOGIE 

DE LA CARRE DU PATIN 

Bien que ce mot, dans Facception que nous 
lui donnons, ne soit pas admis dans la langue 
française, son utilité est tellement reconnue, 
sa signification est tellement positive, que 
nous croyons devoir le conserver, d'ailleurs, 
les maîtres les plus anciens de l'art qui nous 
occupe Font toujours adopté. Et puis, Findus- 
trie, les sciences et les arts ne créent-ils pas 
journellement des termes que Fusage finit 
par consacrer ? 

Avant d'entamer celte définition , nous 
croyons devoir mettre en principe un fait qui 
pourra peut-être étonner quelques personnes. 
Si elles daignent réfléchir, elles reconnaîtront 
sans doute la justesse et la vérité de notre 
assertion. Ce fait, le voici : c'est que tout 
l'art du patineur se renferme dans quatre 
coups de patin, ni plus, ni moins, qui sont : 
le dehors et le dedans en avant, le dehors et 
le dedans en arrière. Les pirouettes ne sont 



DU PATINEUR. 61 

autres que de petits dehors multipliés, se ré- 
trécissant de plus en plus pour se terminer 
sur la pointe du talon. G est donc en harmo- 
nisant, en entremêlant d'une façon symétri- 
que, en multipliant diverses combinaisons de 
ces quatre coups de patin, accompagnés des 
poses qui leur sont propres, qu'on étonne, 
qu'on captive et subjugue. Ils ne peuvent tous 
s'exécuter qu'au moyen de la carre. On entend 
par carre la partie à angle droit qui s'étend 
des deux côtés de la lame. La carre joue le 
rôle principal dans l'exercice qui nous occupe. 
C'est par elle seule que la glace peut être 
entamée, offrir un point d'appui, déterminer 
la courbe et faciliter l'élan. Il y a la carre du 
dedans et la carre du dehors. C'est au moyen 
de l'une ou de l'autre que s'obtiennent géné- 
ralement tous les coups de patin. On peut en 
effet parvenir à glisser droit sur le plat de la 
lame ; mais bientôt entraîné il faut dériver, 
soit à droite, soit à gauche. C'est qu'alors la 
carre a déterminé cette déviation. Il est donc 

4 



62 PHYSIOLOGIE 

bien essentiel de se pénétrer du rôle rempli 
par la carre pour arriver à une parfaite exé- 
cution. Ainsi, quand le commençant veut en- 
treprendre le dehors, il ne peut, malgré tous 
ses efforts, saisir la ligne circulaire. Il met 
des temps infinis à y parvenir s'il n'a pas 
deviné l'obligation indispensable de la carre, 
ou si quelque ami obligeant n'est pas venu lui 
en démontrer l'importance. Il doit donc pen- 
cher son patin. Mais, outre cela, il faut de 
l'élan , une certaine vitesse ; autrement le 
corps, incliné vers le centre de gravité , ne 
pourrait sans impulsion s'y maintenir. Le 
travail et l'expérience feront, avec le temps, 
acquérir la solidité nécessaire. Nous ne pou- 
vons donner ici que la théorie de la chose. 
Chacun comprendra combien la définition du 
mouvement est aride. Malgré de grands efforts 
pour se rendre intelligible, l'exemple manque 
toujours, et les yeux en apprendraient plus 
en un instant qu'un long verbiage. En es- 
sayant toutefois de pénétrer le lecteur de notre 



DU PATINEUR. 63 

appréciation , peut-être parviendrons-nous à 
dissiper une partie de Tobscuritéqui entoure 
ce que le patinage a de brillant. Ce sera déjà 
un grand point que de mettre les adeptes à 
même de figurer à côté des privilégiés de cet 
art. 



PREWIERS PRINCIPES POUR PATINER 

Après avoir préparé Télève par les préli- 
minaires nécessaires, il faut attaquer la ques- 
tion des premiers essais sur la glace. 

Les premiers essais en toute chose sont 
pénibles : ici, plus que pour tout autre exer- 
cice, ils peuvent être rebutants. Il faut donc 
s'armer d'une résolution bien arrêtée et s'at- 
tendre à quelques mécomptes. 

Le commençant doit d'abord assujettir par- 
faitement ses patins d'après l'un des moyens 
précédemment indiqués; puis, se relevant sur 
les deux pieds, tâcher de s'y maintenir en 
équilibre. Après quoi, le corps penché en 



64 PHYSIOLOGIE 

avant (1), les genoux ployés, il posera, par 
petits pas, un pied devant Tautre, cherchant à 
conserver son aplomb. La lame devra porter 
sur toute sa longueur. 

L'habitude que l'on a de marcher en dehors 
porte naturellement, les prenaières fois, à ou- 
vrir la pointe des pieds. Cette tendance doit 
être évitée, car les coups de patin ne doivent 
se produire que le pied placé droit : c'est-à- 
dire la pointe du fer correspondant à une ligne 
qui partirait du milieu du genou. Cependant 
pour gagner du terrain il faudra, par degré, 
s'habituer à prendre un point d'appui, afin de 
se chasser en avant. Ce point d'appui s'ob- 
tiendra en plaçant le pied qui est en arrière 
en travers sur la carre du dedans, tandis qu'en 
s'abandonnant sur la jambe qui est devant on 
s'y laissera glisser, le poids du corps portant 
dessus. L'élève continuera ainsi, alternative- 
ment d'une jambe a Tautre, se laissant couler 

(1) Le corps penché en avant, pour éviter les chutes 
à la renverse, qui sont toujours à cramdre. 



DU PATINEUR. 68 

le plus longtemps possible sur chaque jambe. 
Cet exercice, entremêlé de moments de repos, 
sera certainement couronné de succès, pour 
peu qu'il y mette de la persévérance. 

Les premières difficultés vaincues, c'est-à- 
dire quand le commençant a acquis un peu 
d'aplomb, il doit s'attacher à allonger beau- 
coup ses coups de patin, moyen de se pré- 
parer pour les pas individuels. 

Rien ne peut autoriser à se faire aider et 
soutenir par un conducteur, ou à se servir 
d'un point d'appui quelconque. C'est retarder 
les progrès, au lieu de les avancer. Nous re- 
grettons d'être en désaccord à cet égard avec 
quelques amateurs. 

On peut comparer le jeune patineur a un 
cheval promené en main par un temps de ver- 
glas. L'animal, la plupart du temps, ne chan- 
celle et ne s'abat que par le secours intem- 
pestif du domestique, qui, croyant le soutenir, 
le contrarie dans ses mouvements instinctifs 
par des saccades du mors. 

ht 



66 PHYSïOLOGib: 

Une recommandation qu'on ne saurait trop 
faire est celle de ne jamais se complaire sur 
la jambe dite la meilleure, défaut général chez 
les patineurs. Il faut, au contraire, travailler 
beaucoup la mauvaise jambe; car c'est d'une 
force égale entre elles que résulte une har- 
monie parfaite. 

Il reste à dire que, dans les faux coups et 
les manques d'équilibre, deux points d'appui 
sont préférables à un seul. C'est dans ce cas 
qu'il faut réunir les deux pieds placés à la 
même hauteur, se touchant presque et termi- 
nant l'impulsion acquise involontairement 
par deux lignes parallèles. 



DE L'ELAN 



Rien ne peut s'entreprendre sur la glace 
sansun élan, quel qu'il soit; pris avec foi'ce,il 
permet d'entamer de grands pas et d'y en 
joindre d'autres sur la même jambe jusqu'au 
moment où il s'éteint. 



DU PATINEUR. 67 

Quand on change de jambe, Télan devient 
facile à renouveler. C'est toujours au moyen 
de la carre qu'on y arrive. 

Il se prend de plusieurs façons. Le plus 
prononcé qui puisse s'obtenir consiste à aug- 
menter progressivement la course jusqu'à ce 
qu'on ait atteint le maximum voulu. Puis, 
alors, rapprochant les deux pieds, se laissant 
glisser quelques secondes pour bien assurer 
son aplomb, on s'abandonne, sans secousse, 
sur le coup de patin prémédité. Dans ce mo- 
ment, l'élan étant bien déterminé, il est essen- 
tiel de saisir l'à-propos. Sans cette apprécia- 
tion , qu'il n'est pas possible d'expliquer, l'équi- 
libre risque à se perdre et Thomme à tomber. 

L'autre manière est plus simple et n'expose 
pas autant aux inconvénients qui viennent 
d'être entrevus. Ce pas se prend en plaçant un 
pied en travers sur la carre, soit en avant, soit 
en arrière, afin d'établir un point d'appui, pour 
pouvoir se lancer sur l'autre jambe, selon le 
coup de patin à exécuter. 11 est nécessairement 



68 PHYSIOLOGIE 

moins fort que le précédent. Cependant une 
certaine habitude peut lui imprimer une im- 
pulsion très-vive. 

DU DEDANS EN AVANT 

Au fur et à mesure que l'élève se familia- 
rise avec ses patins , il peut se livrer plus 
longtemps sur chaque jambe. Mais, alors, il 
est presque toujours entraîné sur le dedans, 
sans s'en douter, parce que machinalement, s'il 
doit tomber, il préfère que ce soit du côté de 
l'autre jambe, dont les fonctions sont de le 
remettre en équilibre. En conséquence, le pas 
qui va être décrit est un des premiers qui se 
fassent. 

Ce dedans , sur lequel les commençants 
sont disposés à se jeter et qu'ils exécutent du 
reste assez familièrement, présente cepen- 
dant une certaine difficulté quand on veut 
l'allonger. Il est, la plupart du temps, dé- 
pourvu de grâce, et cette position semble 



DU PATINEUR. 69 

guindée. Aussi n'est-il guère employé que 
pour rentremêler à d'autres pas. Pourtant 
un grand dedans, bien développé, n'est pas 
sans attrait. 

MANIÈRE DE LE PRODUIRE 

Il faut se lancer sur la carre du dedans du 
pied droit, sans trop l'incliner; autrement, 
emporté malgré soi à rétrécir trop brusque- 
ment le cercle, on perdrait l'équilibre. Il doit 
être entamé avec beaucoup d'élan, afin de le 
prolonger le plus possible, le bras droit élevé 
en avant, le bras gauche abaissé à hauteur 
delà cuisse, le corps bien effacé, la tête re- 
gardant le centre du cercle à parcourir (1). 
{Voir la planche n^ 3.) 

(1) La planche n» 3, représentant le dehors en 
arrière, doit être consultée. Elle offre une certaine 
analogie avec la pose du dedans, soit en avant, soit 
en arrière. La différence seule consiste dans Fincli- 
naison de la lame du patin. Peut-être aussi le corps 



70 PHYSIOLOGIE 

Lorsqu'il sera question des pas composés, il 
sera dit par quel moyen on peut terminer 



celui-ci. 



-^>9*>9>^Sft^ *' ^ 



DU DEHORS EN AVANT (i) 

Le dehors en avant est, sans en excepter 
aucun, le plus gracieux de tous les pas. C'est 
celui qui prête le plus à ces poses d'abandon, 
à ces ondulations symétriques sans efforts, à 
ces lignes circulaires qui flattent toujours 
l'œil et attirent l'attention. C'est dans ce pas 
qu'il est facile de placer les bras selon sa fan- 
taisie, soit en les croisant devant ou derrière, 
soit en leur donnant une attitude de fantaisie. 
Mais, pour arriver à son exécution correcte, il 
exige beaucoup de travail. Quand on corn- 

doit-il être maintenu plus droit, facultativement, que 
pour le dehors en arrière. 

(1) Il est bon de prévenir nos lecteurs que, pour 
rendre les définitions plus compréhensibles, la jambe 
droite sera toujours adoptée comme exemple dans 
tous les pas. 




IJé/iûn 



T en avari 



la 



\. lèvv^^wtUWv au'UaftS. 



DU PATINEUR. 71 

mence à l'essayer, il y a toujours une cer- 
taine hésitation; on redoute, et non sans rai- 
son, de tomber. Aussi ce n'est qu'avec un 
parfait accord dans le balancier des bras ou 
des épaules, le plus ou moins de carre, enta- 
mée en raison du cercle à parcourir , et le 
corps penché tel qu'il doit l'être, que l'on peut 
parvenir à produire ce pas , avec toute la 
régularité désirable (1). 



-oCXxOo- 



MOYENS POUR L'EXÉCUTER 

Voici la manière de s'y prendre pour arri- 
ver aux conditions ci-dessus : en général sans 
élan, sans impulsion, aucun coup de patin ne 
peut s'entreprendre ni s'achever. Sans élan, 
vous ne pouvez avancer, vous restez surplace 
et vous chancelez. On peut aisément se con- 

(i) Les chutes dans les dehors ont presque toujours 
lieu sur la hanche de ce côté. Quoique nullement dan- 
gereuses, elles laissent une douleur persistant des 
mois entiers, et plus. 



72 PHYSIOLOGIE 

vaincre qu'il est plus difficile de conserver son 
équilibre sur un pied en repos, que lorsque ce 
même pied est lancé sur un pas quelconque. 
Ainsi, plus l'impulsion est forte, plus l'équi- 
libre se maintient. Toutefois, il est bon de se 
mettre en garde contre les grands élans; la 
force qu'on y apporte peut terrasser violem- 
ment, quand ils sont manques. {Voir la plan- 
che n^ 2.) 

Revenons au dehors en avant : on l'enta- 
mera sur le pied droit, la carre penchée à 
droite, le genou tendu (1), la jambe gauche 
restant en arrière, l'épaule gauche avancée, 
le bras gauche également porté en avant 
et élevé , le bras droit maintenu derrière 
à hauteur de la cuisse, le corps ainsi que la 
tête tournés à droite vers le dedans du cercle. 
{Voir la planche n"" 2.) Pour le terminer, il 
faut ramener la jambe qui est restée tout le 

(1) Beaucoup de personnes exécutent ce pas les 
genoux ployés. C'est lui ôter toute sa grâce et son 
effet. 



DU PATINEUR. 73 

temps derrière, par-dessus celle qui pose sur 
la glace, afin de reprendre le dehors à gau- 
che. On s'attachera, dans ces exercices, à ne 
pas mourir sur chaque coup de patin, mais 
bien à l'achever en prenant vivement la 
carre du dedans, afin de se donner l'élan sur 
l'autre jambe. On continuera ainsi, sans trop 
s'occuper si les pas sont bien faits ou non, si 
les cercles sont correctement achevés, ce qui 
se régularisera avec le temps. L'essentiel est 
de repartir comme il faut : c'est - à - dire 
moelleusement et sans secousses (1). 

Le beau de ce pas consiste dans le laisser- 
aller qui l'accompagne, dans l'aplomb qu'on 
y acquiert, dans les différents genres que les 
patineurs lui impriment, enfin dans les poses 
diverses, plus ou moins gracieuses, qui y 
sont développées pour passer d'une jambe 
à l'autre. Nous ne saurions trop en recom- 
mander la pratique ; car, si c'est par ce pas 

(i) Quand on sera bien affermi sur les dehors suc- 
cessifs, on essaiera les grands dehors individuels. 

5 



74 PIIYSIOLOG.E 

que les difficultés commencent, c'est bien par 
lui aussi qu'on parvient à perfectionner tous 
les autres. Il en est, pour ainsi dire, l'ache- 
minement. Mais, avant d'allerplus loin, il est 
tenu d'apprendre à se diriger en arrière. 



ALLER EN ARRIÈRE 

Si c'est ne pas savoir nager que de ne pas 
pouvoir se soutenir et avancer sur le dos, 
c'est ignorer l'art du patin que de ne pas pos- 
séder les moyens d'aller en arrière. 

L'élève étant déjà un peu fortifié dans les 
exercices qui précèdent, il est temps pour lui 
de se familiariser avec un nouveau pas. Une 
circonstance imprévue, un choc quelconque 
venant a le faire pirouetter, il est bon, il est 
indispensable même, qu'il ne soit pas surpris 
de cette nouvelle position, à laquelle il est 
tout à fait étranger. 



DU PATINEUR. 75 

PRINCIPES POUR ALLER EN ARRIÈRE 

Le pas en arrière peut être considéré comme 
l'inverse de celui d'en avant. C'est donc par 
de petits pas, les pieds placés alternative- 
mentl'un derrière l'autre, qu'il faut procéder 
pour le comprendre. En travaillant avec con- 
stance, on s'habituera bientôtà se soutenir sur 
les deux pieds à la fois, parallèlement placés, 
et à prendre l'élan sur les deux carres en 
même temps, l'une sur le dedans, l'autre sur 
le dehors ; à cet effet, un certain mouvement 
de hanche est nécessaire, en les portant alter- 
nativement à droite et à gauche. 

On apprend beaucoup par l'exemple. 
L'homme végéterait longtemps dans la mé- 
diocrité s'il ne cherchait pas à copier les 
maîtres, qui seuls donnent letton et la règle. 
En fait d'art, on ne procède pas autrement : 
c'est que l'étude des beaux modèles les per- 
fectionne tous ; car le beau n'est que la splen- 
deur du vrai, el la vérité est une. 



76 PHYSIOLOGIE 

L'élève patineur doit, avant tout, regarder, 
tâcher d'imiter, et s'aider de conseils. 

Quand il sera arrivé à maintenir son équi- 
libre sur les deux jambes, il devra, comme il 
a déjà été expliqué pour le pas en avant, 
s'efforcer de se laisser glisser le plus long- 
temps possible sur le pied qui a été posé en 
arrière. Ainsi, après avoir placé le pied gau- 
che de travers pour prendre un point d'appui 
sur la carre du dedans et se donner de l'élan, 
il portera tout le poids du corps sur la jambe 
droite, afin de s'y laisser glisser. Il continuera 
ainsi d'une jambe à l'autre, les genoux ployés. 

DU DEHORS EN ARRIÈRE 

Tous les coups de patin en arrière ont cela 
de commun qu'ils frappent davantage et im- 
pressionnent le spectateur. Us demandent, 
en effet, une certaine hardiesse et une étude 
assez longue pour qu'il ne soit pas donné à 
tous les amateurs de les réussir. Les grands 




Ik/ionr en aT'n'ere>, 



\ .'Àé.£\ç^\\e,\-\\\\. aulHaw^ 



DU PATINKUR. 77 

dehors en arrière, surtout, faits avec beau- 
coup d'élan, flattent infiniment l'œil et sur- 
prennent la foule. Aussi voit-on peu de pati- 
neurs s'y abandonner largement. 



-•<>•- 



DES DEHORS SUCCESSIFS EN ARRIÈRE 

Prenez d'abord de l'élan sur les deux jam- 
bes, afin que vos mouvements ne soient pas 
amortis; glissez ensuite sur le pied droit en 
penchant la carre à droite, et, au même 
moment, chassez le bras gauche et la jambe 
du même côté vivement en arrière pour aug- 
menter l'impulsion. La tête aussi sera tournée 
en arrière, les yeux regardant derrière soi 
pour se diriger. Dans ce mouvement le corps 
doitêtre très-effacé, le bras droitélevé, la main 
en avant, la main gauche ouverte tombant à 
hauteur de la cuisse, le genou droit tendu. 
{Voir la planche n° 3.) 

Le dehors sur la jambe droite se termine en 
attaquant la carre du dedans de cette même 



78 PHYSIOLOGIE 

jambe, pour se jeler, d'après les principes ci- 
dessus indiqués, sur le dehors à gauche. Il 
faudra continuer ainsi par les moyens inver- 
ses en alternant, sans s'inquiéter de la réus- 
site, mais en s'attachant à repartir, bien ou 
mal : résultat très-difficile à obtenir dans le 
commencement. 

C'est ici qu'il est essentiel d'observer la 
pose du corps et des bras. Au risque de nous 
répéter, nous ne saurons trop dire que c'est 
en s'effaçantbrusquemenlet en jetant la jambe 
gauche et le bras du même côté en arrière au 
point du départ, qu'on détermine l'impulsion 
nécessaire pour achever la ligne circulaire. 
La reprise de l'autre jambe est assez difficile, 
parce qu'il faut se donner de la force. On doit 
convenir aussi que ce pas est scabreux et n'en- 
hardit pas le patineur à Tattaquer vigoureu- 
sement; cependant, s'il manque delan, il ne 
peut se faire comme il faut. C'est donc en 
se livrant d'abord doucement sur la carre, en 
ne s'abandonnant sur son obliquité que par 



DU PATINEUR. 79 

degré, que la parfaite exécution de ce pas 
s'obtiendra progressivement. 

Le grand dehors est des plus beaux, en ce 
qu'il met k même celui qui le pratique d y 
déployer un savoir peu commun. Les formes 
du corps y ressortent admirablement, et la 
grâce complète Feffet qull produit. 

Il est remarquable que tous les exercices 
en arrière s'exécutent parfois par certains 
patineurs avec une vigueur que rien n'inti- 
mide. Il semblerait même qu'ils les préfèrent 
a tous autres. Tournant la tête, voyant on ne 
peut mieux où ils se dirigent, évitant les ren- 
contres et les obstacles, ils circulent avec une 
assurance et une agilité que nous avons sou- 
vent admirées. 



-oOO 



DU DEDANS EN ARRIERE 

Bien que ce pas soit classé parmi les 
quatre principaux qu'il est indispensable de 
connaître, nous sommes loin de lui accorder 



80 PHYSIOLOGIE 

la même importance qu'à tous les autres. 
Il faut en convenir, son effet est peu gra- 
cieux; on l'obtient j^auchement, et, quand il 
est tracé isolément, il reste dépourvu de tout 
ce qui peut disposer en sa faveur. Il n'en est 
pas de même quand il s'intercale au milieu 
d'autres exercices, ou quand il est destiné à 
terminer un pas composé. Là seulement il s'y 
entremêle agréablement. 



MOYEN DE L'OBTENIR 

Le moyen est assez simple, puisque l'on 
y arrive par l'élan en arrière, ou bien par la 
course dans ce même sens. C'est alors que, 
la vitesse étant acquise, il faut placer le pied 
droit sur la carre du dedans et s'y laisser 
glisser, en levant le pied gauche, qui doit 
rester en arrière. 

On se conformera, pour la pose de la tête, 
du corps et des bras^ aux prescriptions reîa- 



DU PATINKUK. 81 

tivcs au dedans en avant. {Page 68, voir 
planche 3 et la note.) 

Pour le continuer, il faut poser, où il se 
trouve, le pied reste derrière en y portant 
le poids du corps , et imprimer de Télan 
avec celui de devant, lequel prendra aussitôt 
la position d'arrière. 

Il est facile de voir par cette définition que 
rien ne donne à ce pas Teffet brillant de ceux 
précédemment indiqués dans notre classifica- 
tion. Reconnaissons -lui par conséquent le 
seul mérite qui doive s'y rattacher : celui de 
contribuer à varier les autres figures. 



DES CROCHETS 

Les crochets ne sont autre chose que le pas- 
sage du dehors au dedans ou du dedans au 
dehors sur la même jambe par un demi-tour. 

Une ligne circulaire qui est pourvue de 
rélan nécessaire doit se prolonger avec l'obli- 
quité du corps, tendant à le ramener vers le 

5* 



82 PHYSIOLOGIE 

centre de gravité. Si, au milieu de cette ligne 
circulaire, on vient à faire un demi-tour, 
rimpulsion reste la même sous Tinfluence de 
la force donnée : c'est ce demi-tour qu'on 
nomme crochet. Il se fait également en ligne 
droite. 

On peut Tentreprendre de deux manières : 
lune consiste à relever, soitla pointe du pied, 
soitle talon, en sejetantpar un mouvement de 
bras, d'épaule et de hanche, sur le nouveau 
pas, et lui appliquant aussitôt la pose d'équi- 
libre qui lui est relative après le volte-face. 
Le moment demande à être saisi bien à pro- 
pos ; il faut s'y préparer et ne se risquer que 
lorsqu'on est assuré d'un aplomb parfait. 

Les crochets successifs ne sont que des 
demi-tours réitérés en avant ou en arrière 
sur un arc de cercle quelconque. 

La deuxième manière, sans être plus gra- 
cieuse, semble, par sa hardiesse, être le fait 
spécial d'un patineur consommé. Le demi^ 
tour, au lieu de se faire sans quitter la glace, 



DU PATINEUR. 83 

a lieu en sautant, pour retomber face en 
arrière. Il est nécessaire de porter sur toute 
la lame du patin, afin d'y bien saisir le point 
d'appui, avant de s'enlever. 



DES PIROUETTES 

Elles s'accomplissent ordinairement pour 
terminer le dehors en avant. C'est en rétrécis- 
sant par degré l'arcde cercle, avec l'impulsion 
nécessaire, quïl faut s'arrêter au centre de la 
spirale parcourue, se redressant sur un talon et 
tournant sur soi-même. La jambe qui est en 
l'air doit se croiser devant Tautre, le genou 
ployé, la pointe du pied dirigée en bas ; les 
bras peuvent rester le long du corps, mais la 
pose est plus gracieuse quand ils sont élevés 
au-dessus de la tête. 

Les pirouettes produisent de l'effet, parce 
qu'elles sont assez rarement exécutées. Leur 
réussite^ ainsi que celle des crochets, estprin- 



84 PHYSIOLOGIE 

cipalement due aux lames courtes et bom 
bées. 



— '—♦<>♦- 



MANIÈRE DE S'ARRÊTER SUR LE PATIN 

Il est essentiel de pouvoir s'arrêter sur la 
glace. Une rencontre, un incident quelcon- 
que venant à se présenter, il est souvent im- 
portant de les éviter; mais c'est plus parti- 
culièrement dans un danger imminent que 
l'obligation en devient impérieuse. 

Plusieurs moyens se présentent dans les 
mouvements en avant. Celui d'abord de 
s'échapper à droite ou à gauche par un dehors 
raccourci ; puis encore, de se jeter sur la révé- 
rence, en s'effaçant assez pour se dégager. Mais 
pour s'arrêter sur place, dans une nécessité 
absolue, le plus efficace et le plus générale- 
ment employé consiste à élever la pointe des 
pieds en portant tout le corps sur les talons. 
Les pieds doivent être mis en équerre, formant 
arc-boutant, la ceinture et les jarrets ployés 



DU PATINEUR. 85 

afin cramortir un mouvement trop brusque. 
On comprend que, dans cette circonstance, la 
pointe de la lame, pénétrant dans la glace, s'y 
fixe solidement et arrête l'élan. 

Quant aux personnes qui auront fait arron- 
dir le talon de leur fer, ainsi que nous l'avons 
conseillé (1), Thabitude leur aura bientôt fait 
trouver des expédients pour Farret. 

Pour s'arrêter en arrière, il s'agit simple- 
ment de poser un pied en équerre derrière 
Fautre. L'élan étant toujours moins fort que 
dans le mouvement en avant, l'application de 
ce précepte est suffisante. 

MANIÈRE DE SE RETOURNER 

Il y a plusieurs manières d'exécuter ce 
mouvement; on les saisira aisément. La plus 
simple et la plus communément employée 
mérite d'être expliquée. Étant lancé en avant, 

(1) Cette opération ne doit se faire aux patins qu'a- 
près un certain degré d'acquit. 



86 PHYSIOLOGIE 

pour se mettre face en arrière à droite, il faut 
se laisser glisser un moment sur les deux 
jambes, avancer le pied droit sans quitter la 
glace , puis former un crochet à droite en 
s'enlevant sur la pointe des deux patins en 
même temps. Si, étant en arrière, on veut se 
replacer en avant, il y a lieu d'appliquer les 
mêmes principes , avec cette différence que 
les crochets se font sur les talons. 

Ces mouvements de face en arrière, etc., 
s'opèrent également en sautant. 



-"mf'S'SfS/î/a t 



DES PAS COMPOSÉS 

Il arrive enfin un moment où l'élève a acquis 
la connaissance exacte de tous les coups de 
patin précédemment décrits; la pratique lui 
a donné assez d'expérience pour comprendre 
tout le développement auquel il peut atteindre. 
En supposant que le travail n'ait rien qui le 
rebute, et qu'il veuille encore se perfection- 



DU PATINEUR. 87 

ner, il doit résolument aborder les pas com- 
posés et les pas compliqués. 

Leurs noms ont été jusqu'ici beaucoup trop 
multipliés. Leur consacrer un article spécial 
serait tout à fait superflu. Il suffit de donner 
la liste de ceux qui, par une dénomination tant 
soit peu arbitraire, ont fait partie d'une clas- 
sification prétentieuse, il est vrai, mais cepen- 
dant nécessaire. Les véritables amateurs, au 
reste, ne seront pas embarrassés de trouver, 
d'imiter ou d'inventer de nouvelles combi- 
naisons de ligures. 

Les pas composés, liés et enchaînés entre 
eux, sont le complément de l'instruction. Ils 
dénotent le patineur accompli : c'est dans 
l'emploi ingénieux de ces figures hors ligne 
qu'il se distingue de la foule des patineurs, 
dont l'unique mérite consiste à se pousser 
devant soi par un savoir des plus vulgaires. 



88 physiologif: 

DE LA RÉVÉRENCE 

Elle s'entreprend de la jambe droite, comme 
si l'on voulait faire un grand dedans. Il faut 
alors s'abandonner sur les deux pieds effacés 
en ligne, en portant le corps sur celui de 
droite. Le pied gauche devra ne poser que 
légèrement, pour ne pas contrarier la direc- 
tion. Le corps sera penché du côté vers 
lequel on se sera lancé, le bras droit porté en 
avant, les genoux ployés, les pieds prenant 
un peu de carre. Quant à la révérence en 
ligne droite, elle s'exécute de la même ma- 
nière, en ouvrant davantage les genoux. 
[Voir la planche n^ 4.) 

Une conformation spéciale permet à cer- 
taines personnes de prendre la révérence ren- 
versée. Il faut, à cet effet, pencher les deux 
carres, afin de se placer sur une ligne circu- 
laire en arrière. 



jrré 




Kà'éjrncôén àjfne direcle. 



\ .l«iç^\\«,V\\\\. au'\^a^\î 



DU PATINEUR. 89 

DU PAS DE » 

Un excellent travail qui tend à perfection- 
ner les dehors est, sans contredit, le pas 
de n. Le chiffre qu'il indique donne une idée 
de la manière dont il doit être pris. Des 
dehors bien fermés, entrepris sur Tune et 
l'autre jambe, et ramenés au point de départ, 
constituent cette figure. 

Ce pas se produit également en arrière ; 
mais il offre plus de difficultés pour ré- 
trécir le cercle et pour repartir du même 
point. 

La persévérance y fait arriver. En tout, 
cette qualité est la meilleure garantie du 
succès. 

Le pas de s se fait aussi en arrière, sur 
les deux pieds à la fois. 



90 PHYSIOLOGIE 

DE LA RENOMMÉE 

Elle est d'un assez bel effet lorsqu'elle est 
prise par un grand élan ; mais ce qui la carac- 
térise plus particulièrement , c'est la pose 
qu'on lui donne. 11 faut y déployer le bras 
gauche (1) en avant, placé comme s'il tenait 
une trompette. On peut encore tendre ce 
même bras, l'indicateur allongé comme pour 
marquer un objet ou une personne que l'on 
poursuivrait. La renommée se fait en arrière 
en prenant beaucoup d'élan par la course en 
avant; puis, se retournant brusquement sur 
les deuK pieds, on s'abandonne aussitôt sur 
celui de droite, dans la position que nous 
indiquons ci-dessus. 

Elle produira beaucoup de sensation en 
Texécutant à deux, l'un en avant, l'autre en 
arrière, se rapprochant sans se toucher. 

Dans tous les pas à deux, celui qui agit en 

(1) Nous admettons toujours que les pas s'entament 
sur la jambe droite. 



DU PATINEUR. 91 

avant doit modérer sa vigueur, pour ne pas 
trop gagner et serrer son partenaire. 

DE^ DEHORS CROISÉS EN AVANT 

Ce coup de patin n'est pas sans présenter 
quelques difficultés. Il y a un moment même, 
celui de se placer sur l'autre jambe, qui de- 
mande à être saisi à propos. Les reins, dont 
la souplesse est une des premières conditions, 
jouent ici un rôle des plus importants. Aussi 
ce pas exige-t-il des efforts qui fatiguent et 
essoufflent quand on veut le continuer. Sa 
définition toutefois est facile à comprendre. 
11 faut, dans le dehors en avant, ramener la 
jambe restée tout le temps en arrière, la croi- 
ser par-dessus l'autre, et s'aider de la carre 
qui repose sur la glace, pour reprendre et 
alterner ainsi en croisant toujours. 

Quant au dehors croisé en arrière , on le 
fait par des moyens à peu près analogues, 
en chassant beaucoup la jambe restée en ar- 



92 PHYSIOLOGIE 

rière, afin de reprendre sur cette même jambe 
en croisant celle qui fonctionne sur la glace. 



DU lYlANËGE 

Cet exercice semblerait devoir fortifier sur 
les dehors en général. Nous le considérons 
simplement comme un délassement qui sert 
à ne pas se répéter, condition qu'il ne faut 
pas perdre de vue, car elle flatte infiniment 
les spectateurs. On parvient à faire le ma- 
nège par un dehors sur le pied droit , ne 
devant quitter ni la carre, ni la glace, et le 
pied gauche venant incessamment croiser 
par-dessus pour agir sur le dedans. On conti- 
nue ainsi à décrire un cercle plus ou moins 
circonscrit, sans trop s'y complaire, mais en 
passant par les moyens inverses sur le sens 
opposé. 

Dans le manège en arrière, les deux pieds 
doivent constamment rester sur la glace, Tun 



DU PÀTINKUH. 93 

placé sur la carre du dehors, Tauire croisant 
par-dessus sur la carre du dedans. 

Le manège, selon notre manière de voir, 
ne paraît pas devoir contribuera affermir sur 
les dehors, parce que la pose des bras et des 
jambes n'y est plus observée pour produire 
cet effet. Néanmoins, il tend à donner de la 
solidité, en ce qu'il familiarise avec les chan- 
gements de carre. On doit donc le travailler 
de temps en temps. 



—0*- 



DE LA BOULINE HOLLANDAISE 

Elle est ainsi nommée vraisemblablement 
parce qu'elle se pratique beaucoup sur le ré- 
seau liquide de la Hollande. C'est le pas le 
plus fréquemment employé par ses habitants. 
Ils s'y complaisent avec un tel abandon, une 
aisance si naturelle, qu'ils semblent n'y appor- 
ter aucun effort. Ce pas, fait de la sorte, est 
bien certainement le plus gracieux et le plus 
séduisant de tous. 



94 PHYSIOLOGIE 

Ce sont d'assez grands dehors auxquels on 
imprime un certain balancement pouvant, 
sous quelques rapports, faire comparer le 
patineur à un léger bâtiment qui cinglerait 
sous le vent par des bordées successives. 

Les bras devront être croisés sous le men- 
ton et élevés; le coude opposé à la jambe qui 
porte plus avant que Fautre ; le corps bien 
en avant, comme pour fendre la colonne d'air. 

DU PAS DE BISE 

Ce pas convient assez, quand on arrive sur 
la glace, pour se réchauffer et se dégourdir les 
jambes, lise fait en arrière en ramenant alter- 
nativement un pied devant l'autre d'une ma- 
nière un peu facultative, il est vrai, mais en 
ayant soin, à chaque changement de jambe, 
de se battre les flancs à l'instar des ouvriers. 

11 paraît plus impétueux quand c'est en 
sautant que la jambe de derrière est rapportée 
devant. 



DU PATINEUR. 95 

11 serait peut-être prudent de procéder 
avant le pas de bise par un autre, dont la 
dénomination de pas de sûreté se trouvera 
en rapport avec le but qu'il semble indiquer. 

Il consiste à se porter en avant sur les deux 
pieds un peu écartés, ne quittant pas la glace, 
dans le genre des premiers principes décrits 
pour aller en arrière {page 74); puis, par un 
léger balancement, d'une carre à Tautre, on 
se promène tranquillement, le regard en avant 
de soi, explorant avec attention les places où 
la glace est belle et solide, pour pouvoir s y 
risquer sans crainte. 



►OftOWBfc» 



DU CASSE -cou 

Ce nom porte naturellement à croire qu'il 
y a dans ce pas quelque danger. Cependant 
ce coup de patin, sans être exempt de difficul- 
tés dans les commencements, n'est pas plus 
à craindre que beaucoup d'autres. Il se fait 
en arrière, sur les deux jambes à la fois, en 



96 PHYSIOLOGIE 

prenant beaucoup d'élan. Ce qui le caracté- 
rise, c'est qu'il faut s'enlever sur les deux 
pieds en même temps, en observant de ne les 
poser sur la glace, quand on retombe, que 
l'un après Tautre, la pointe du patin portant 
la première, les pieds parallèlement placés, 
mais l'un plus avancé que l'autre de la lon- 
gueur du patin. 

Cet exercice, bien étudié, paraît à la fois 
hardi et périlleux. Comme il est peu connu, 
il est bon parfois de mettre en évidence l'ori- 
ginalité qui lui est propre. 



-•<>•- 



LADONIS 

C'est vraisemblablement la charmante al- 
légorie delà fable du bel Adonis qui a fait 
naître l'idée de s'emparer de ce nom. Deux 
déesses, dit-on, Vénus etProserpine, se par- 
tageaient les faveurs du bel adolescent six 
mois chacune. Ne pourrait-on pas trouver 
dans ce type de la beauté tué par le sanglier. 



n:5 




L\ic/onis 



L.Klmviwe UVVv.awUauï. 



DU PATINKl U. 97 

puis rappelé à la vie, uu ])oint de comparai- 
son avec les saisons? Adonis, dont la sta- 
tuaire grecque nous a laissé de si beaux modè- 
les, représentait la jeunesse, la grâce, la 
fraîcheur, ou Tété; le sanglier, au contraire, 
par sa sauvagerie, ses poils hérissés, sa ru- 
desse, figurait Tapreté de Thiver. 

D'autres, dans cette allégorie ingénieuse, 
ont cru voir le ciel et Tenfer. 

Quel que soit le motif qui ait fait appli- 
quer cette qualification à ce joli pas, nous ne 
risquons rien de le signaler comme un des 
plus séduisants. 

11 se produit par des dehors en avant suc- 
cessifs, assez déployés et faits avec Tatli- 
tude des bras prescrite {page 70); mais 
parvenu à la moitié du cercle environ, on 
change la pose des bras. Sur la jambe droite, 
par exemple, on ramène sans secousse le bras 
gauche en arrière, en portant le bras droit 
en avant élevé, la main arrondie. (Voir la 

planche n° 5.) Le dehors s'achève ainsi pour 

6 



98 PHYSIOLOGIE 

reprendre sur l'autre jambe, en observant le 
même principe par des moyens inverses. 

Ici la grâce et la manière de faire sont tout. 

Il en est de cela comme de toute autre 
chose : ainsi d'une phrase mal dite, et d'une 
autre harmonieusement prononcée; du por- 
trait d'une personne par Vintherhalter, ou de 
la même personne représentée par un pein- 
tre médiocre; d'un morceau de musique mé- 
lodieusement exécuté, ou d'un air écorché 
dans les rues. 

La science du patin, dans ses applications 
diverses, offre les mêmes analogies. 

DES PAS DE FANTAISIE 

Avant de donner la série des pas de fan- 
taisie, réunion symétrique de tous ceux déjà 
expliqués isolément, nous allons définir la 
manière de passer du dehors au dedans et du 
dedans au dehors sur la même jambe. 



DU PATINEUR. 99 

PASSAGE DU DEHORS AU DEDANS EN AVANT 

et vice versa. 

' Préparez-vous à ce changement en prenant 
un grand élan et* placez-vous sur le dehors en 
avant à droite. Parvenu à moitié de Tare de 
cercle environ, avancez sans secousse la jambe 
restée derrière à hauteur de l'autre, ou même 
en avant ; puis, par un mouvement brusque, 
retirez vivement celte jambe en arrière, ainsi 
que le bras du même côté. Ce mouvement 
vous rejette aussi sur k carre du dedans. 
{Voir la flanche rf 3.) 

C/est encore au moyen de cette même 
jambe et du bras avancés à propos, que vous 
vous replacez sur la carre de droite, et ainsi 
de suite. 

On a donné le nom de couleuvre à cet 
exercice, qui imite assez bien les replis on- 
duleux du reptile (1). 

(1) Cot exercice se fait également en arrière. 



100 PHYSIOLOGIE 

EXERCICES DE PAS DE FANTAISIE 

Voici plusieurs manières d'entremêler les 
coups de patin. 

Premièrement, — Commencer par un de- 
hors en avant, passer du même pied au dedans 
et faire le crochet pour terminer sur le dehors 
en arrière; exécuter les mêmes mouvements 
dans le sens inverse. 

Ces deux exercices produisent beaucoup 
d'effet, autant par le grand élan qui les accom- 
pagne que par les différentes poses carac- 
térisques qu'on y représente successivement. 

Deuxièmement. — Prendre le dedans en 
avant, crocher pour le dehors en arrière, et 
changer le côté de la carre, afin de pouvoir se 
laisser glisser sur le dedans en arrière; la 
même opération en sens inverse. 

DES DOUBLES DEHORS EN ARRIÈRE 

Troisièmement. — Attaquer vigoureuse- 
ment le dehors en arrière, le terminer par un 



DU PATINEUR. 101 

crochet, qui, plaçant un moment sur un petit 
dedans, rejette, par l'impulsion primitive, sur 
un autre dehors en arrière. Repartir de l'au- 
tre jambe de même, en continuant. 

MANIÈRE DE SALUER SUR LA GLACE 

Quatrièmement. — Il faut se lancer sur la 
révérence, tournant le dos à la personne à qui 
doit s'adresser la gracieuseté ; mais un peu 
avant d'arriver à sa hauteur, par le moyen 
d'un crochet, on se trouve placé en face d'elle 
sur le dehors en arrière. C'est alors que, sai- 
sissant la coiffure de la main qui doit s'abais- 
ser, on se découvre en faisant une espèce de 
salut dont l'effet n'est pas sans charmes. 

Cinquièmement. — Faire la révérence et 
se jeter avec le pied qui gagne du terrain sur 
le dehors en avant; continuer de l'autre 
jambe. 

Sixièmement, — Prendre un dehors en 
avant et faire un demi-tour en sautant sur 

6* 



102 PHYSIOLOGIE 

Fautre jambe placée sur le dehors en ar- 
rière. 

Septièmement. — Voici un très-joli exer- 
cice ayant toujours le don de plaire, malgré 
qu'il ait peu de développement. 

Prenez un petit dehors en avant, exécutez 
le crochet pour achever l'impulsion sur le 
dedans en arrière; reprenez sur l'autre jambe 
de la même manière sans discontinuer, afin 
de tracer la figure du chiffre 8. 

Ce petit travail, très-gracieux, a l'avantage 
de pouvoir se faire sur une glace circonscrite 
et n'en est pas moins agréable. 



COMPOSITION DES FIGURES A DEUX, TROIS, ETC. 

Deux patineurs ayant la même manière de 
patiner peuvent, par l'entente et l'accord, dé- 
crire des figures qui séduisent en captivant 
plus que toutes celles déjà signalées. Par 
des sinuosités calculées, ils se croisent, 
s'éloignent, se rapprochent, se poursuivent, 



DU PATINEUR. 103 

et donnent ainsi lieu à des sensations nou- 
velles pour ceux qui regardent. 



LES OLIVETTES 

On a appliqué ce nom à de petits dehors, 
soit en avant, soit en arrière, exécutés par 
deux, trois patineurs et plus, se tenant bras 
dessus, bras dessous, ou les mains placées 
sur Tépaule du voisin. 



LES TOURTEREAUX 

Ce joli pas se fait à deux, l'un agissant sur 
le dehors en arrière, l'autre sur le dehors en 
avant de la jambe opposée. Les bras du même 
côté doivent se rapprocher comme si on vou- 
lait les joindre, sans cependant que les mains 
se touchent. Il est infiniment gracieux. 

Dans tous les pas jumeaux, il y a une règle 
à observer relativement à celui qui va en ar- 
rière. C'est de jamais ni trop forcer, ni trop 



104 PHYSIOLOGIE 

serrer sur lui. Cet inconvénient a lieu quand, 
par une vigueur intempestive ou un élan trop 
violent, on ne lui a pas donné le temps de 
prendre lavance nécessaire pour agir libre- 
ment. 



-*o*- 



DES GRANDS DEHORS A DEUX 

Nous compléterons cette série des pas 
jumeaux par les pas, très-remarquables, du 
grand dehors en arrière et du dehors en 
avant; les deux patineurs déployés avec 
vigueur sur la jambe opposée et s'allongeant, 
les mains tendues Tune vers l'autre, sur un 
cercle d'une grande étendue. 



DE LA RENOMMÉE A DEUX 

Cet exercice, par son élégance majestueuse, 
ne doit pas être mis en oubli, bien qu'il en 
ait été déjà parlé {pageQO); les grands coups 



DU PATINEUR. 105 

de patin étant toujours admirés, celui-ci plus 
que tout autre, mais le précédent surtout, 
ont droit aux éloges , lorsqu'ils sont bien 
exécutés. 

Il sera pris avec beaucoup d'élan par deux 
personnes, dont Tune s'abandonnera sur une 
ligne droite en arrière, tandis que lautre, se 
portant en avant sur la jambe opposée, suivra 
la première à distance d'un mètre à peu près, 
toutes deux se tendant la main. 

Après avoir fait connaître les diverses com- 
binaisons des figures à employer, il reste 
encore une recommandation à faire : c'est de 
ne pas rester sur un coup de patin, ni de s'ar- 
rêter court. Autcuit que faire se pourra, on 
devra le fiiire suivre d'un exercice quelconque, 
y joindre quelques changements de jambe, et 
enfin le terminer par plusieurs crochets suc- 
cessifs ou par des pirouettes. 



CONCLUSION 



Ici se termine la tâche que nous nous som- 
mes imposée. 11 serait possible de joindre, à 
tout ce qui a été dit, plusieurs autres pas de 
fantaisie ; mais leur importance n'a pas paru 
suffisamment démontrée pour s'y arrêter. Le 
caprice, il est vrai, en peut faire naître beau- 
coup d'autres insignifiants. Nous pouvons 
assurer qu'un patineur en état d'exécuter 
tout ce que ce petit livre contient ne sera 
jamais embarrassé de rivaliser avantageuse- 
ment avec la majeure partie des concurrents 
qui se présenteront. 



QUELQUES OBSERVATIONS. 

Commençons d'abord par rectifier une er- 
reur généralement admise. 

I"" Tous les jours des personnes, très-hono- 
rables du reste, viennent vous dire avoir vu. 



PHYSIOLOGIE DU PATINEUR. 107 

avoir connu des patineurs écrivant leur nom 
sur la glace. C'est à regret que nous devons 
démentir cette assertion, bien faite pour cap- 
tiver, mais dénuée de tout fondement. Non- 
seulement une suite de lettres ne peut se tra- 
cer correctement, mais une seule même ne 
pourrait s'exécuterd'une manière satisfaisante. 
On comprendra que cette lettre doit être 
précédée d'un élan, puis suivie d'un autre 
coup de patin après l'avoir achevée. De sorte 
que toutes ces lignes inextricables se mêle- 
raient et se croiseraient de manière à être 
méconnaissables. D'ailleurs, tous les coups de 
patin sont symétriques, circulaires : comment 
alors rompre brusquement leurs contours par 
des figures qui s'écarteraient de cette règle i nva- 
riable? Ce qu'il y a de bien certain, c'est que 
personne encore n'a obtenu ce tour de force, 
si souvent, si complaisamment cité. La sim- 
ple connaissance théorique de l'art du patin 
suffit d'ailleurs pour faire rejeter cette vieille 
histoire avec tant d'autres préjugés. Quant à 



108 PHYSIOLOGIE 

nous, une conviction acquise par Texpérience 
nous la fait repousser complètement (1). 

2^ La jeunesse est la première condition 
pour apprendre à patiner. Un enfant va tom- 
ber dix fois sans y faire attention; dans 
l'âge mûr, les chutes intimident, et non sans 
raison, 

S"" On devra chausser ses patins sur la 
glace, et non sur la terre comme offrant plus 
de sécurité. 

4^ Il est bon de s'habituer à regarder au 
loin et autour de soi pour éviter des rencon- 
tres, et ne pas tenir les yeux fixés à ses pieds. 

S"" Quand après un travail assidu on n'aura 
pu saisir un pas quelconque, il faudra l'aban- 
donner une heure ou deu^, et même le remet- 
tre au lendemain. En reprenant, on sera tout 
étonné de réussir. 

(1) Voici la seule manière d'écrire son nom sur la 
glace. C'est de prendre un point d'af)pui sur un pied, 
puis, avec le talon pointu du fer de l'autre, tracer sur 
place, comme avec un stylet, de petites lettres à vo- 
lonté. Cela se réduit à une plaisanterie. 



DU PATINEUR. 109 

6" En se rappelant ce qui a été dit sur la 
glace, il sera facile d'en apprécier la solidité. 
Par précaution, les réunions nombreuses sur 
un petit espace devront être évitées. Il est évi- 
dent qu'elles pourraient causer une catastro- 
phe, si la gelée n'était pas forte, ou si elle 
était trop récente. 

7« L'évaporation de l'eau et son absor- 
ption laissent souvent un intervalle entre sa 
superficie et la glace, surtout sur les bords ; 
le poids des glisseurs et autres doit néces- 
sairement y produire un affaissement. De la 
ces craquements qui effraient tant. Ils n'ont 
rien d'inquiétant; car la glace venant à s'as- 
seoir et à porter sur l'eau, y acquiert d'au- 
tant plus de force. 

Il reste une dernière recommandation, 
déjà mentionnée, mais on ne saurait trop la 
faire. C'est de s'occuper plus particulièrement 
de la jambe rebelle, de la travailler sans re- 
lâche et de préférence à la bonne. 



no PHYSIOLOGIE 

Sur le point de faire mettre sous presse, 
nous apprenons qu'il existe un Manuel du 
Patinage, paru en 1853. Ce traité nous 
était tout à fait inconnu. L'auteur y fait 
généralement preuve de plus d'esprit et 
d'érudition que de connaissance dans l'art 
qu'il veut décrire. Nous regrettons de dif- 
férer, sur plus d'un point, de manière de 
voir avec lui. 

l"* Les prairies, qu'il signale comme les 
endroits les plus avantageux, peuvent quel- 
quefois devenir funestes , en raison de la 
sécurité qu'elles semblent offrir. Elles recou- 
vrent souvent des fossés profonds, des cours 
d'eau; la glace s'y affaisse, par suite de 
l'absorption de la terre ; les abords en sont 
quelquefois difficiles : en un mot, elles ne 
méritent pas toute la faveur qu'on leur ac- 
corde assez ordinairement. 

2^ La cambrure de la lame du patin est 
indispensable. C'est elle qui détermine les 
circonvolutions. 



DU PATINEUn. m 

3" La double cannelure que signale Tau- 
teurn'a aucune importance. 

4° Les pirouettes elles crochets, tout en 
partant du môme principe, sont parfaitement 
distincts Tun de Tautre. Le crochet se ter- 
mine sur toute la longueur de la lame et peut 
se varier en sautant; la pirouette doit tou- 
jours s'achever sur la pointe du talon. 

S"* L'auteur ne connaissait pas le modèle 
de patin que nous décrivons. Autrement il 
n'eût certes pas manqué d'en parler. 

Nous avons surtout remarqué la façon spi- 
-irituelle et peu compromettante avec laquelle 
il se tire d'affaire. Ainsi rarement il se pro- 
nonce catégoriquement. En exposant plu- 
sieurs systèmes à la fois, il laisse toujours 
libre d'adopter celui qui convient. 11 men-> 
tienne simplement, il n'instruit pas ; et même 
il place presque toujours son lecteur dans un 
doute embarrassant. Les uns lui ont dit qu'il 
fallait agir de telle manière, d'autres différem- 
ment. Il ne spécifie jamais, par conséquent, 



112 PHYSIOLOGIE DU PATINEUR. 

comment on doit procéder. On eût été en 
droit bien certainement de désirer que la 
partie du patinage, étant la plus essentielle, 
fût traitée plus longuement et surtout mieux 
définie. 

Nous reprocherons donc au Manuel du 
Patinage d'avoir été écrit par un auteur fort 
peu versé dans la pratique de Fart qu'il vou- 
lait enseigner. Il a dû nécessairement se re- 
jeter sur ses ressources d'écrivain, ce qui fait 
qu'il traite son sujet presque en fantaisiste. 
Toutefois, notre impartialité nous fait un 
devoir d'ajouter qu'il y a dans son livre, 
comme dans tous les livres spéciaux en gé- 
néral, de très-bonnes choses, dont un ama- 
teur du patin pourrait faire son profit. 

Il ne nous a pas été difficile de donner un 
traité plus complet, beaucoup plus pratique, 
et qui puise son principal mérite dans notre 
expérience personnelle. 



F l N. 



X J\. AD J._i Xii 



Pages. 

Préface 1 

Introduction ^ 

De la glace 4-1 

Des différentes espèces de patins 45 

Patins à roulettes 49 

Fixation des patins 49 

Garniture ordinaire SO 

Id. à l'anglaise 51 

Id. à la parisienne 3i 

Monture de M. Garcin 52 

Id. allemande 53 

Id. de M. Panchèvre 55 

Attitude des bras - 55 

Bras fixes 57 

Costume du patineur 59 



114 TABLE. 

Pages. 

De la carre du patin 60 

Premiers principes pour patiner 63 

De Félan 66 

Du dedans en avant 68 

Du dehors en avant. 70 

Aller en arrière 74 

Principes pour aller en arrière 75 

Du dehors en arrière 76 

Des dehors en arrière successifs 77 

Du dedans en arrière 79 

Moyen de l'obtenir 80 

Des crochets 81 

Des pirouettes 83 

Manière de s'arrêter sur le patin 84 

Id. de se retourner 85 

Pas composés 86 

De la révérence 88 

Du pas de 8 89 

De la renommée 90 

Des dehors croisés en avant 91 

Du manège 92 

De la bouline hollandaise 93 

Le pas de bise 94 

Le casse-cou 95 

L'adonis 96 

Des pas de fantaisie 98 

Passasse du dehors en avant, clc 99 



TABLE. 115 

Pages. 
Exercices de fantaisie 100 

Des doubles dehors en arrière 100 

Manière de saluer 101 

Composition de figures à deux, à trois, etc 102 

Les olivettes 103 

Les tourtereaux 103 

Des grands dehors à deux lOi 

De la renommée à deux lOi 

Conclusion 106 

Quelques observations 106 



FIN DE LA TABLE. 



*<3K^ 



\^ ^.. 






^^ 






^S 



^-^r^T 






r~h 



/ 



.--e^ 



^: 



"ygjgf^ 



K/ 






'"V- wf 



^fc«^sX 



-< l»i 



V 



ftV 



> . 



Xi" 



^ 






•t 



> >^ 



^- 



y^' 







V 






,/-=V' 



\